—Qu'est-il donc arrivé à madame la marquise? s'écria Salvador.

—Entrez, M. le marquis répondit la camériste, madame sera bien aise de vous voir; elle a déjà envoyé deux fois chez vous.

La camériste précéda Salvador qui entra dans la chambre de Silvia.

La marquise de Roselly était étendue sur une chaise longue, ses vêtements étaient en désordre, ses cheveux, ses sourcils et ses cils avaient été brûlés; le feu avait tracé sur son visage, sur son cou, sur ses bras des sillons profonds et sanglants. Lorsque Salvador entra, un chirurgien était occupé à poser des bandelettes sur ses nombreuses plaies.

—J'ai du courage, monsieur, lui disait Silvia d'une voix rude et saccadée; j'ai du courage, vous dis-je! répondez-moi donc avec sincérité: je resterai, n'est-il pas vrai, horriblement défigurée?

—Je n'ai que l'espoir de vous empêcher de perdre la vue, répondit le chirurgien, les traces du cruel événement dont vous avez été la victime, doivent rester gravées sur votre visage.

—Malédiction! s'écria Silvia qui se leva de sa chaise malgré les efforts du chirurgien, et s'approcha d'une glace. Malédiction! plus de cheveux plus de sourcils, le visage couvert d'abominables cicatrices; ah! je suis horrible.

—Qu'est-il donc arrivé? dit Salvador au chirurgien.

—Un de ces événements malheureusement trop communs, répondit celui-ci; madame la marquise qui venait de cacheter une lettre, avait laissé près d'elle la bougie dont elle venait de se servir, les fenêtres étaient ouvertes, le vent fait voltiger près de la flamme, une des pattes du bonnet de tulle dont elle était coiffée, elle s'enflamme, le feu se propage, madame la marquise perd la tête, vous devinez le reste. Elle aurait probablement perdu la vie, si ses gens, attirés par ses cris, n'étaient pas venus à son secours.

Silvia qui dans son trouble n'avait pas remarqué Salvador, s'était rejetée dans sa chaise longue; elle demeura quelques instants immobile, et ne sortit de cette espèce de torpeur, que pour demander si le marquis de Pourrières était enfin arrivé.