—Il viendra, j'en suis sûr, répondit Blaise le Petit-Christ, puisque je vous dis que lorsque j'ai quitté le tapis[831] il allait achever sa refaite de sorgue[832], et qu'il venait de donner l'ordre de seller son gaye[833], mais silence, j'entends je crois quelque chose.

En effet, après avoir prêté l'oreille quelques minutes, les assassins entendirent distinctement, dans le lointain, le bruit des pas d'un cheval.

—C'est lui! dit Blaise le Petit-Christ, c'est lui: du maigre[834]!

Quelques instants après, un voyageur passait devant les bandits; il était enveloppé dans un large manteau à manches, qui couvrait la croupe de son cheval; mais il l'avait disposé de telle manière que tous ses mouvements étaient libres.

Blaise le Petit-Christ, qui n'avait pas oublié qu'il devait donner l'exemple à ses hommes, s'élança le premier à la tête de son cheval; il fut immédiatement suivi de tous les autres.

—Ta bourse ou ta peau, dit-il au voyageur.

—Mes amis, répondit celui-ci, si mes compagnons n'étaient pas restés en arrière, je vous aurais probablement fait la même demande; ainsi rien à faire avec moi, je suis un garçon.

—Garçon ou non, exécute-toi de bonne grâce; tu as de l'or, il nous le faut.

Rengraciez alors[835], mauvais escarpes de grand trime[836]; ma filoche[837] vous passera devant le naze[838].

—Ah! tu dévides le jars[839] pour nous faire croire que tu es un pègre[840]; ça aurait peut-être pris autrefois, reprit Blaise; mais aujourd'hui, pas moyen; les plus rupins[841], depuis qu'on a imprimé des dictionnaires d'argot, entravent bigorne[842] comme nouzailles[843]. Allons, allons, la filoche[844] et le ployant[845].