Les agents n'osaient s'approcher du vicomte, qui paraissait très-déterminé à réaliser la menace qu'il venait de faire, et qui probablement serait parvenu à s'échapper, si Beppo ne s'était pas élancé sur lui.
—Vous l'avez voulu, mon cher ami, dit tranquillement de Lussan.
Et il dirigea sur Beppo, qui lui tenait le bras gauche et qui appelait vainement les agents à son aide, le canon du pistolet qu'il tenait à la main droite.
Le malheureux tomba sur le pavé, le cervelle horriblement fracassée.
Cette affreuse scène avait rassemblé une foule immense dans la rue de Varennes. Les agents, semblables à une meute qui tient acculé dans sa bauge un redoutable sanglier, entouraient tous le vicomte de Lussan; mais la triste fin de Beppo les avait tellement effrayés, qu'ils n'osaient faire un pas en avant.
Le vicomte de Lussan les tint quelques instants en respect; et après avoir jeté un coup d'œil sur le cercle infranchissable qui s'était insensiblement formé autour de lui:
—Je pourrais en tuer encore un, dit-il, mais cela ne me servirait à rien. Allons, mes chers amis, continua-t-il, après avoir jeté à terre le second des pistolets dont il s'était armé, faites votre métier; je n'ai pas voulu qu'il fût dit qu'un gentilhomme breton s'était rendu sans combattre, voilà tout.
Les agents se jetèrent tous à la fois sur le vicomte, qui, en moins de temps qu'il ne nous en faut pour le dire, fut garrotté et jeté dans une voiture de place qui le conduisit à la préfecture de police.
Ce qui venait de se passer avait donné la certitude au chef de police que le marquis de Pourrières était bien certainement un individu de la même trempe que celui qui venait d'être arrêté: il crut donc devoir se diriger de suite vers l'hôtel de la rue de Courcelles. La clameur publique pouvait en peu d'instants porter à la connaissance du marquis la nouvelle de l'arrestation de son complice; et si cela arrivait, il ne manquerait pas de se mettre à l'abri: il n'y avait donc pas de temps à perdre.
Le chef de la police fit prévenir un commissaire de police; et, accompagné de ce magistrat, il se rendit à l'hôtel de Pourrières.