—Cela ne fait rien, madame, c'est justement lorsque l'on est en proie au malheur, que l'on a besoin de serviteurs dévoués, et j'ose dire que madame la marquise n'en trouvera pas qui le soient plus que moi.

—C'est bien, bon Paolo, c'est bien, je suis heureuse d'acquérir aujourd'hui la certitude d'un dévouement que cependant je ne puis accepter; retournez près de votre nouveau maître, mon cher Paolo; je ne puis emmener personne dans la profonde retraite où je vais m'ensevelir, mais soyez certain que si la règle que je viens de m'imposer pouvait souffrir une seule exception ce serait en votre faveur qu'elle serait faite.

Paolo se retira après avoir obtenu de son ancienne maîtresse, la faveur de lui baiser la main.

Lorsqu'elle fut seule, Lucie entra dans la pièce qui lui servait de cabinet de travail, elle se plaça devant le petit meuble dans lequel elle avait l'habitude de serrer ses bijoux, et écrivit les trois lettres qui suivent:

Lucie au général comte de Morengy.

Paris.

«Paolo vient de me remettre la lettre que vous avez bien voulu m'adresser, mon respectable ami; et c'est le cœur gros et les yeux baignés de larmes, que je m'empresse de vous répondre. Les journaux vous apprendront probablement demain la cause du violent chagrin auquel je suis en proie, et vous plaindrez la pauvre Lucie, qui méritait peut-être un meilleur sort.

»Je suis bien sensible à l'intérêt que vous voulez bien me témoigner, et charmée de ce que les résultats du voyage que vous venez d'achever ont été tels que vous les espériez.

»Adieu, mon respectable ami, vous ne verrez probablement plus la pauvre Lucie, mais soyez certain qu'elle conservera toujours le souvenir de vos bontés et qu'elle ne vous oubliera pas dans ses prières.»

Lucie à Laure Féval.