Salvador poussa le coude de son ami.
—Quelle imprudence! lui dit-il.
—Laisse donc, répondit Roman; mon centre d'altèque n'est pas plus mouchique que mon centre à l'estorgue[213].
—J'ai quitté fort jeune le pays, répondit le jeune homme; cependant je crois me rappeler qu'un notaire de ce nom habitait Pourrières.
—C'était mon oncle et mon tuteur.
Roman disait vrai.
—Je me nomme de Courtivon! dit à son tour le jeune homme qui ne pouvait, sans manquer aux convenances, cacher plus longtemps son nom à son compatriote.
—Ce jeune homme nous cache son véritable nom! dit Roman à son ami... Personne à Pourrières ne porte le nom de Courtivon.
—Qu'il se nomme Pierre, Paul ou Jean, lui répondit Salvador, l'important pour nous est de nous emparer du portefeuille.
—Tout vient à point à qui sait attendre, reprit Roman, qui continua de causer avec le jeune homme qui s'était donné le nom de Courtivon: il lui parlait des beaux sites de leur pays, de son beau ciel des jolies filles d'Arles et des beaux garçons de Tarascon. Salvador prit part à la conversation; de Courtivon charmé d'avoir rencontré d'aussi aimables compatriotes les pria de venir dîner avec lui. Salvador et Roman firent quelques façons pour la forme, mais de Courtivon ayant renouvelé ses instances, ils le suivirent au café Anglais.