—Une commutation de peine! s'écria le vicomte de Lussan, une commutation de peine! et en vertu de quel droit un roi peut-il changer la nature d'une peine? M'envoyer dans un bagne, moi, le vicomte de Lussan, me confondre avec de misérables voleurs qui appartiennent pour la plupart à la lie du peuple: si une pareille faveur m'était accordée, je la refuserais, soyez-en convaincu; je suis condamné, respect à la chose jugée, qu'on m'exécute.
Salvador, qui avait obtenu la permission d'assister à l'entretien qui avait lieu entre le vicomte et l'aumônier, était de l'avis de son complice, et ces deux scélérats prièrent le prêtre, lorsqu'il les quitta, de vouloir bien faire quelques démarches afin que l'arrêt qui les concernait fût immédiatement exécuté.
On a deviné que les recommandations de Salvador et du vicomte de Lussan furent parfaitement inutiles; on ne pouvait pour plaire à ces deux misérables, déroger à des usages établis.
De Lussan et Salvador étaient depuis huit jours à Bicêtre, lorsqu'un matin ce dernier éveilla son complice pour lui dire qu'il venait de faire un rêve qui lui annonçait une liberté prochaine et assurée.
Le vicomte ne put s'empêcher de rire aux dépens de la superstition de celui qu'il n'appelait plus que monsieur le ci-devant, depuis qu'un jugement solennel l'avait dépouillé de son titre et de sa fortune.
—Il ne s'agit pas de rire, monsieur le vicomte de Lussan répondit Salvador, il faut croire; les rêves, je n'en puis douter, sont des révélations de ce qui doit nous arriver; je vous assure que si seulement vous voulez prendre l'engagement de répondre par ces mots: Je ferai tout ce que vous voudrez, nous serons libres bientôt.
—Je ferai tout ce que vous voudrez, cher ci-devant, ce sera un moyen comme un autre de passer le temps.
—Je puis alors compter sur vous?
—J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que je ferai tout ce que vous voudrez.
—Très-bien alors.