—Laisse-moi faire, tout ira bien, et ce soir, je vous en réponds, nous aurons de l'or, beaucoup d'or, et notre ami Vernier qui nous donnera un coup de main en aura une bonne part.

—Sont-ils adroits ces rupins! s'écria Vernier les bas bleus, qui croyait déjà tenir les pièces d'or dont le vicomte de Lussan promettait une si ample moisson.

Ce dernier s'était placé devant la table et dessinait avec beaucoup de soin le fac-simile d'une clé.

—Vous êtes, dit-il à Salvador, expert en l'art du serrurier, pouvez-vous faire une clé absolument semblable à celle dont voici le portrait, je me suis déjà assuré qu'il y avait ici tout ce qu'il fallait pour cela.

—Parfaitement, répondit Salvador.

—En ce cas à l'œuvre, je vous expliquerai mon plan pendant que vous travaillerez.

Salvador, doué d'une dextérité sans égale n'eut besoin que de quelques heures de travail pour fabriquer une clé, dont le vicomte de Lussan se montra très-satisfait.

Les trois bandits passèrent à deviser joyeusement, à boire et à manger (Vernier les bas bleus avait un compte ouvert chez le marchand de vin et le charcutier), le reste de la journée.

Lorsque le soir fut venu, ils s'armèrent chacun d'un couteau-poignard (ils étaient tous les trois bien déterminés à ne point, en cas de malheur, se laisser prendre vivants), et se mirent en route pour la rue Tronchet.

Salvador et Vernier les bas bleus entrèrent chez un marchand de vin, de Lussan alla se mettre en observation vis-à-vis la porte cochère de la maison habitée par Coralie.