—Et nous buvons à votre santé, monsieur le comte, ajouta Roman.

—Le chagrin que j'éprouvai en me voyant abandonné de Jazetta, me causa une maladie très-grave qui dura plusieurs mois; pendant longtemps je fus à deux doigts de la mort, que je voyais, je vous l'assure, s'approcher de moi sans éprouver beaucoup de regret; mais enfin la jeunesse fut plus forte que le mal, je recouvrai la santé.

—Pour me distraire de mes chagrins, je me rendis aux eaux de Bade; je me liai dans cette ville avec un homme qui se faisait appeler le duc de Modène.

—Je connais cet homme, s'écria Roman, son véritable nom est Ronquetti.

—C'est bien cela, répondit de Pourrières.

—Le duc de Modène possédait entre autres talents celui de se rendre la fortune favorable, après m'avoir gagné tout ce que j'avais d'argent comptant, il crut ne pouvoir mieux me témoigner l'amitié qu'il me portait, qu'en me montrant tout ce qu'il savait.

Il n'eut pas à se plaindre de son élève, qui après quelques leçons se trouva de force à lutter contre son maître: je ne voulais pas cependant faire usage des talents que je possédais, je le dis au duc de Modène:

—Laissez faire, me répondit-il, si jamais vous vous trouvez sur le point d'être vaincu, vous ne vous laisserez pas jeter à terre sans vous servir des armes que vous avez en votre possession: Ronquetti avait raison.

—Mais dit Roman en interrompant encore de Pourrières, vous vous laissiez tout à l'heure plumer bel et bien par ce limonadier à moustaches grises.

—Je voulais lui donner le courage de jouer contre moi une somme considérable, afin de le punir par où il a péché.