—Ne perdons pas un temps précieux, dit de Lussan; procédons à la recherche de la cachette indiquée par mon cher confesseur.
En un instant ils eurent découvert la cachette que l'abbé Royer avait si indiscrètement indiquée, et s'emparèrent de tout ce qu'elle contenait!...
Trois heures du matin sonnaient comme finissait cette sanglante expédition; mais pour sortir de là sans bruit, il fallait user d'adresse.
A cinq heures et un quart, le père Fleurus, en homme vigilant, arriva dans la cour pour commencer son service quotidien. Fidèle à ses vieilles habitudes et gai comme un pinson, il sifflotait l'air de la Carmagnole et du Ça ira, comme aux belles journées de 93. Lorsque le jour fut venu tout à fait, Silvia l'appela par le petit guichet, et le pria d'aller de suite lui acheter un peu de fleurs d'oranger pour sa maîtresse qui, disait-elle, était incommodée.
—A quoi q'c'est bon, vot'fleur d'orange? répondit-il: faurrait ben mieux lui faire prendre une bonne goutte de Paul-Niquet[900] ou de 107 ans!
—Non, non, citoyen Fleurus, c'est de la fleur d'oranger qu'il lui faut. Allez vite; tenez, voici de l'argent, vous garderez de quoi boire un verre de vin blanc pour votre peine.
—Vous êtes ben bonne, mamzelle; mais je ne puis laisser la maison seule en ce moment: on ne sait ce qui peut arriver, l'ennemi est quéq'fois plus près qu'on ne pense. J'reste donc à mon poste, à moins que mame Fleurus ne vienne me relever; mais il n'est pas encore six heures, et ce n'est guère qu'à neuf qu'elle se lève et descend dans la cour, quand elle sera arrivée je serai tout à vot' service.
—Ce vieil imbécile est capable de nous faire prendre comme dans une souricière, dit Lussan.
—Si vous le faisiez entrer, dit tout bas Salvador à Silvia, nous aurions bientôt la clé des champs.
—Excellente idée, dit Silvia.