—Je devais m'y attendre, s'écria-t-elle en proie à la plus sombre fureur. Je devais m'y attendre, il ne m'aimait que parce que j'étais belle; mais je me vengerai.
Le hasard, ou plutôt la Providence qui voulait que les crimes des scélérats dont elle désirait se venger fussent punis, se chargea de la servir.
Plusieurs jours s'étaient passés depuis la disparition de Lussan, de Salvador et de Vernier les bas bleus, et Silvia désespérait de parvenir à les découvrir, lorsqu'un soir elle vit ce dernier qui se dirigeait vers les cabriolets qui stationnent sur la place des Victoires; il marchait en chancelant, son teint était allumé, en un mot, il était ivre.
—Aux Batignolles, rue des Dames, nº 13, dit-il au cocher dont il avait choisi le véhicule.
—Enfin! se dit Silvia qui avait entendu ces mots, je le tiens, j'en suis sûre; mais pour que ma vengeance soit complète, il faut qu'ils sachent que c'est à moi qu'ils devront leur perte.
Silvia, réfléchissant aux moyens qu'elle devait employer pour arriver au but de ses désirs, allait gagner la retraite qu'elle avait choisie après avoir abandonné le logement de la rue de l'Ouest, lorsqu'elle se trouva en face d'un homme qu'elle connaissait depuis longtemps.
C'était Ronquetti, dit le duc de Modène.
Comme elle avait suivi avec assiduité le compte rendu par les journaux des débats qui avaient amené la condamnation de son amant et de ses complices, elle savait le rôle qu'y avait joué cet homme qui, pour récompense des révélations qu'il avait faites avait obtenu la remise du restant de sa peine, et était entré au service de la police à laquelle il savait se rendre très-utile.
Elle l'aborda résolûment.
—Vous êtes Ronquetti, le duc de Modène? lui dit-elle.