N'oublions pas un avoué qui fit condamner une de ses anciennes maîtresses, coupable seulement de s'être rappelée les leçons qu'il lui avait données jadis, et un avocat qui apprit à un jeune voleur que la toge n'abrite pas toujours des gens irréprochables, le premier est chevalier de la Légion d'honneur, directeur du bureau de charité de son arrondissement, il est éligible, il a des chances pour arriver à la chambre élective; le second, grâce à une faconde inépuisable, est devenu l'un des aigles du barreau moderne; il sera riche un jour et épousera une héritière.
Et le comte palatin du saint-empire romain, et son inséparable ami? le premier a quitté Paris pour éviter d'être mené où l'on vient d'envoyer le second, c'est-à-dire dans une des villes maritimes du midi de la France; on dit même que des rets sont tendus à toutes les entrées de notre bonne ville pour le prendre comme dans un traquenard, s'il tentait d'y revenir.
Les biens de la maison de Pourrières, auxquels Salvador a fait une brèche considérable, ont été remis au fils du malheureux Alexis, mais il est probable que cet infortuné jeune homme n'en jouira pas longtemps; les malheurs et les privations de toute espèce qui ont assailli ses jeunes années ont ruiné sa santé; il ne s'abuse pas sur son sort, il a déjà fait son testament, dans lequel la femme Moulin (qui a réparé, autant du moins qu'elle l'a pu, le mal qu'elle lui avait fait) les deux filles de M. de Riberpré, Malaga et Brigantine et les membres de la famille Louiset n'ont pas été oubliés.
Fortuné a joint à son testament un codicille qui commence ainsi:
«Une femme estimable a porté pendant quelque temps le nom honorable qui bientôt va s'éteindre avec moi, n'ayant pas d'héritiers du sang, et pouvant, sans faire de tort à personne, sans blesser aucuns droits acquis, disposer comme je l'entends de la fortune qui m'est échue en partage, j'institue pour ma légataire unique, universelle, à la charge par elle d'acquitter les legs particuliers énoncés en mon testament: la dame Lucie, née de Casteval, veuve en premières noces de M. le général comte de Neuville, etc., etc.
»En réparant autant que je puis le faire une injustice du sort envers une femme aussi estimable que l'est la veuve du général comte de Neuville, je crois faire une action agréable à la fois et aux hommes et à Dieu.»
Et maintenant, cher lecteur, que nous sommes arrivé au bout d'une assez longue carrière, nous vous rappellerons ce que nous vous avons dit au deuxième volume de cet ouvrage que, lorsque nous nous sommes déterminé à l'écrire, nous voulions prouver ceci: «Que les fautes les plus légères ont presque toujours des suites déplorables, qu'il n'y a point de crime, quelque bien combiné qu'il soit, quelque épais que soient les voiles dont il s'enveloppe, qui échappe à la punition qui lui est due, que souvent les crimes sont punis l'un par l'autre, que les conséquences de toutes les liaisons qui ne sont pas fondées sur la vertu, sont toujours déplorables, qu'il n'est pas de chutes dont on ne puisse se relever, lorsque l'on a du courage...»
Si par l'accueil qu'il fera à notre ouvrage le lecteur nous prouve que, par le récit des aventures de Félicité Beauperthuis, d'Elisabeth Neveux, de Salvador et Roman, de Silvia et de Servigny, nous avons atteint le but que nous nous étions proposé, nous nous tiendrons satisfait, car nous aurons alors la conviction d'avoir écrit un livre utile. Quoi qu'il en soit, comme la tâche que nous nous étions imposée était peut-être au-dessus de nos forces, nous terminons par la formule qui clôt toutes les comédies de l'immortel Calderon.
Excusez les fau de l'auteur.