J'entendis armer les fusils....
«Un instant! commanda le chef; il faut auparavant qu'il rende l'argent.....
»Oui, lui dis-je, l'argent sera rendu; mais il est indispensable que vous m'accordiez un entretien particulier.» Roman consentit à m'entendre. On croyait que j'allais faire des aveux; mais quand je fus seul avec lui, j'affirmai de nouveau que je n'étais pas le coupable, et je lui indiquai pour le découvrir un expédient dont il me semble avoir lu autrefois la recette dans Berquin. Roman reparut tenant dans sa main autant de brins de paille qu'il y avait d'individus présents: Faites bien attention, leur dit-il, que le brin le plus long désignera le voleur. On procède au tirage; et quand il est terminé, chacun s'empresse de rapporter sa paille... Une seule est plus courte que les autres. C'est un nommé Joseph d'Oriolles qui la présente. «C'est donc toi? lui-dit Roman: toutes les pailles étaient de même longueur; tu as raccourci la tienne, tu t'es vendu toi-même....»
Aussitôt l'on fouilla Joseph, et l'argent volé fut trouvé dans sa ceinture. Ma justification était complète. Roman lui-même me fit des excuses; en même temps il me déclara que j'avais cessé de faire partie de sa troupe; «c'est un malheur, ajouta-t-il, mais vous sentez qu'ayant été aux galères.....» Il n'acheva pas, me mit quinze louis dans la main, et me fit promettre de ne pas parler de ce que j'avais vu, avant vingt-cinq jours.—Je fus discret.
FIN DU TOME PREMIER.
| TABLE DES MATIÈRES Du Tome premier. | |
|---|---|
| Pages. | |
| [Au Lecteur.] | |
| [CHAPITRE PREMIER.] Ma naissance.—Dispositionsprécoces.—Je suis mitron.—Unpremier vol.—La fausse clé.—Les pouletsaccusateurs.—L'argenterie enlevée.—La prison.—Laclémence maternelle.—Mon pèreouvre les yeux.—Le grand coup.—Départd'Arras.—Je cherche un navire.—Le courtierd'un musicos.—Le danger de l'ivresse.—Latrompette m'appelle.—M. Comus, premierphysicien de l'univers.—Le précepteur du généralJacot.—Les acrobates.—J'entre dans labanque.—Les leçons du petit diable.—Lesauvage de la mer du Sud.—Polichinel et lethéâtre des Variétés amusantes.—Une scènede jalousie, ou le sergent dans l'œil.—Je passeau service d'un médecin nomade.—Retour à lamaison paternelle.—La connaissance d'une comédienne.—Encoreune fugue.—Mon départdans un régiment.—Le camarade précipité.—Ladésertion.—Le franc Picard et les assignats.—Jepasse à l'ennemi.—Une schlag.—Jereviens sous mes anciens drapeaux.—Un voldomestique, et la gouvernante d'un vieux garçon.—Deuxduels par jour.—Je suis blessé.—Monpère fonctionnaire public.—Je fais laguerre.—Changement de corps.—Séjour àArras. | [1] |
| [CHAPITRE II] Joseph Lebon.—L'orchestre de laguillotine et la lecture du bulletin.—Le perroquetaristocrate.—La citoyenne Lebon.—Allocutionaux sans-culottes.—La marchandede pommes.—Nouvelles amours.—Je suisincarcéré.—Le concierge Beaupré.—La vérificationdu potage.—M. de Béthune.—J'obtiensma liberté.—La sœur de mon libérateur.—Jesuis fait officier.—Le lutin de Saint-Sylvestre-Capelle.—L'arméerévolutionnaire.—Lareprise d'une barque.—Ma fiancée.—Untravestissement.—La fausse grossesse.—Jeme marie.—Je suis content sans être battu.—Encoreun séjour aux Baudets.—Ma délivrance. | [40] |
| [CHAPITRE III] Séjour à Bruxelles.—Les cafés.—Lesgendarmes gastronomes.—Un faussaire.—L'arméeroulante.—La baronne et le garçonboulanger.—Contre-temps.—Arrivée à Paris.—Unefemme galante.—Mystifications. | [65] |
| [CHAPITRE IV] Les Bohémiens.—Une foire flamande.—Retourà Lille.—Encore une connaissance.—L'Œilde bœuf.—Jugementcorrectionnel.—La tour Saint-Pierre.—Lesdétenus.—Un faux. | [95] |
| [CHAPITRE V] Trois évasions.—Les Chauffeurs.—Lesuicide.—L'interrogatoire.—Je suisaccusé d'assassinat.—On me renvoie de laplainte.—Nouvelle évasion.—Départ pourOstende.—Les Contrebandiers.—Je suisrepris. | [119] |
| [CHAPITRE VI] Les clés d'étain.—Les saltimbanques.—J'entredans les hussards.—Je suisrepris.—Le siége du cachot.—Jugement.—Condamnation. | [155] |
| [CHAPITRE VII] Départ de Douai.—Les condamnésse révoltent dans le forêt de Compiègne.—Séjourà Bicêtre.—Mœurs de prison.—Lacour des fous. | [199] |
| [CHAPITRE VIII] Un départ de la chaîne.—Le capitaineViez et son lieutenant Thierry.—Lacomplainte des galériens.—La visite hors deParis.—Humanité des argouzins.—Ils encouragentle vol.—Le pain transformé envalise.—Malheureuse tentative d'évasion.—Lebagne de Brest.—Les bénédictions. | [222] |
| [CHAPITRE IX] De la colonisation des forçats. | [242] |
| [CHAPITRE X] La chasse aux forçats.—Un mairede village.—La voix du sang.—L'hôpital.—SœurFrançoise.—Faublas II.—La mèredes voleurs. | [265] |
| [CHAPITRE XI] Le marché de Cholet.—Arrivéeà Paris.—Histoire du capitaine Villedieu. | [292] |
| [CHAPITRE XII] Voyage à Arras.—Le P. Lambert.—Jesuis maître d'école.—Départ pour laHollande.—Les marchands d'âmes.—L'insurrection.—Lecorsaire.—Catastrophe. | [321] |
| [CHAPITRE XIII] Je revois Francine.—Ma réintégrationdans la prison de Douai.—Suis-je oune suis-je pas Duval?—Les magistrats embarrassés.—J'avoueque je suis Vidocq.—Nouveauséjour à Bicêtre.—J'y retrouve le capitaineLabbre.—Départ pour Toulon.—Jossas,admirable voleur.—Son entrevue avec unegrande dame.—Une tempête sur le Rhône.—Lemarquis de Saint-Amand.—Le bourreaudu bagne.—Les voleurs du garde-meubles.—Unefamille de chauffeurs. | [343] |
| [CHAPITRE XIV] Le père Mathieu.—Je me fais industriel.—Ruinede mon établissement.—Onme croit perclus.—Je suis aide-major.—EcceHomo, ou le marchand de cantiques.—Un déguisement.—Arrêtez,c'est un forçat!—Je suismis à la double chaîne.—La clémence du commissaire.—Jelui fais un conte.—Ma plus belleévasion.—La fille publique et l'enterrement.—Jene sais pas ce que c'est.—Situation critique.—Unebande de brigands.—J'y découvre un voleur.—J'obtiensmon congé.—L'indemnité deroute.—Je promets le secret. | [387] |
| FIN DE LA TABLE DU TOME PREMIER. | |
NOTES:
[1] Aujourd'hui lieutenant-général.
[2] On sera peut-être surpris de cette facilité, mais on cesserait de s'en étonner en apprenant par combien de témoignages de complaisance le cours de la justice est entravé chaque jour. N'a-t-on pas vu récemment à la cour d'assises de Cahors, la moitié des habitants d'une commune déposer sur un fait patent, dans un sens tout opposé que l'autre moitié.