Le père.»Tais-toi, fichu paresseux... la preuve n'est pas convaincante...? monsieur ne peut pas aller au cinquième...; il serait trop fatigué de monter un étage...; il se foulerait la rate..., tu plains donc bien tes pas...; sois tranquille, je te corrigerai.
Le père.»Ne me raisonne pas..., tu vois ce manche à ballet..., il ne tient à rien que je te le casse sur le dos: avance ici que je te donne ta danse... avance, te dis-je? je t'apprendrai... Ah! tu me nies...
Le fils (pleurant.)»Mais, oui, puisque ce n'est pas moi.
Le père.»Tu es capable de tout:... comme dit cet autre, tous menteurs, tous voleurs.
La mère.»Pourquoi ne pas dire la vérité?
Le père.»Oh non! il aimera mieux que je lui fiche une paye..., d'aussi bien, il va l'avoir... Ah! tu veux que je te donne ta tournée? ma femme, ferme la fenêtre, à cause des voisins.
La mère.»Gare à toi! François, ça se gâte..., gare à toi!»
Nul doute, l'action va s'engager; sans hésiter, je soulève matelas, draps, couverture, et écartant brusquement le lambeau de damas, je me montre à la famille stupéfaite de mon apparition. Ou imaginerait difficilement à quel point ces braves gens furent surpris. Pendant qu'ils s'entre-regardent sans mot dire, j'entreprends de leur raconter le plus brièvement possible comme quoi je m'étais introduit chez eux; comme quoi je m'étais caché sous les matelas, comme quoi... Il est inutile de dire que l'on rit beaucoup de l'aventure de la marmite, et qu'il ne fut plus question de battre personne. Le mari et la femme s'étonnaient que je n'eusse pas été étouffé dans ma cachette; ils me plaignirent, et, avec une cordialité dont les exemples ne sont pas rares parmi les gens du peuple, ils m'offrirent des rafraîchissements, qui étaient bien nécessaires après une matinée si laborieuse.
On doit penser que je fus sur les épines, aussi long-temps que cette scène n'eut pas touché au dénouement... Je suais à grosses gouttes; dans tout autre moment, je m'en fusse amusé; mais je songeais aux suites de la découverte inévitable qui se préparait, et personne moins que moi n'était en état d'apprécier tout ce qu'il y avait de burlesque dans la situation... Me croyant perdu, j'aurais pu hâter l'instant fatal; c'eût été couper court à mes perplexités: une réflexion sur la mobilité des circonstances m'inspira de voir venir: je savais par plus d'une expérience qu'elles déconcertent quelquefois les plans les mieux conçus, comme aussi elles triomphent des cas les plus désespérés.