»Lapierre. F....-moi la paix, j'ai trop sommeil.
»Moi. Eh mon dieu! que vous êtes féniants! je vais y aller, moi, si vous voulez m'indiquer sa demeure.
»Richelot. T'as raison, Jean-Louis, mais la fourgatte ne t'a pas encore vu, elle ne veut fourguer (recéler) qu'à nous. Puisque tu te proposes, nous irons ensemble?
»Moi. Oui, à nous deux, ça fera qu'une autre fois elle connaîtra ma frimousse.»
Nous partons. La fourgatte restait rue de Bretagne, nº 14, dans la maison d'un charcutier, qui vraisemblablement était le propriétaire. Richelot entre dans la boutique, et s'informe si madame Bras est chez elle; oui, lui répond-on et après avoir enfilé l'allée, nous grimpons l'escalier jusqu'au troisième. Madame Bras n'est pas sortie, mais elle tient à l'honneur, et ne veut absolument rien recevoir dans le jour. «Au moins, lui dit Richelot, si vous ne pouvez pas prendre à présent la marchandise, donnez-nous un à-compte: allez, c'est du bon butin, et puis vous savez que nous sommes honnêtes.
—»C'est vrai, mais pour vos beaux yeux je ne puis pas me compromettre; revenez ce soir, la nuit tous chats sont gris.» Richelot la prit par tous les bouts pour lui arracher quelques pièces, mais elle fut inexorable, et nous nous retirâmes sans avoir rien obtenu. Mon compagnon pestait, jurait, tempêtait; il fallait l'entendre.
«Eh! lui dis-je, ne croirait-on pas que tout est perdu? pourquoi te chagriner? Qui refuse muse: si elle ne veut pas, un autre voudra; viens avec moi chez ma fourgatte, je suis sûr qu'elle nous prêtera quatre ou cinq tunes de cinq balles (pièces de cinq francs.)»
Nous nous rendons rue Neuve-Saint-François, où j'avais mon domicile. D'un coup de sifflet, je me fais entendre d'Annette; elle descend rapidement, et vient nous rejoindre au coin de la vieille rue du Temple.
—«Bonjour, madame.
—»Bonjour, Jean-Louis.