—»Tiens, v'la l'ami Jules, veux-tu te raffraîchir, demande un verre ou prends le mien.

—»Le tien est bon, tu n'as pas la gale aux dents: (je bois) ah ça! je voudrais bien te dire un mot en particulier.

—»Avec plaisir, mon fils, je suis t'a toi.»

Il se lève et je le prends sous le bras; «Tu te souviens, lui dis-je, du petit matelot, qui était de ta chaîne.

—»Oui, oui, un petit gros court, qui était du deuxième cordon, n'est-ce pas?

—»C'est ça tout juste, du moins je le pense; le reconnaîtrais-tu?

—»Ce serait mon père que je ne le connaîtrais pas mieux; il me semble encore le voir sur le banc treize; faire des patarasses (bourrelets pour garantir les jambes) pour les fagots (forçats).

—»Je viens d'arrêter un particulier, j'ai bien idée que c'est lui, mais je n'en suis pas sûr; en attendant, je l'ai mis au poste de Birague, et comme j'en sortais, je t'ai vu entrer ici: Parbleu! me suis-je dit, ça se rencontre bien; v'là Cadet, il pourra me dire si je me suis trompé.

—»Je suis tout prêt, mon garçon, si ça peut t'obliger; mais avant de partir, nous allons boire un coup (s'adressant à ses camarades), mes amis, ne vous impatientez pas, c'est l'affaire d'une minute, et je suis t'à vous.»

Nous partons, arrivés à la porte du poste, la politesse exige que je le laisse entrer le premier, je lui fais les honneurs; il va jusqu'au fond de la salle, examine partout autour de lui, et cherche en vain l'individu dont je lui ai parlé: «Hé! me dit-il, d'où qu'il est ce fagot, que je le remouche (le considère)?» J'étais alors près de la porte, j'aperçois, incrusté dans le mur, un débris de miroir, tel qu'il s'en trouve dans la plupart des corps-de-garde, pour la commodité des fashionnables de la garnison, j'appelle Boucher, en lui montrant le débris réflecteur: «Tiens, lui dis-je, c'est par ici qu'il faut regarder.» Il regarde, et se tournant de mon côté: «Ah! ça, Jules, tu blagues, je ne vois que toi zet moi dans c'te glace, mais l'arrêté, où qu'il est l'arrêté?