»—Tu penses qu'il lâchera la monnaie?
»—Si je le pense, mon ami, il se f... autant de six cents francs comme d'un liard; nous empoignerons les enjeux: c'est le point essentiel, après on le promène.
»—A la bonne heure; mais s'il se fâche?
»—Eh bien! on l'envoie promener; au surplus, ne t'inquiète pas, je me charge de tout. Pas de broderie (écrit), par exemple, tu connais le proverbe, les écrits sont des mâles, et les paroles sont des femelles.
»—C'est çà, autant en emporte le vent; point de reçu, et empochons.
»—Et mille zieux! oui, arrive qui plante, c'est des choux, on est quitte pour nier. En attendant, je vais battre comptoir, et il faudra bien qu'il aboule.» Goupil me prend alors la main, et me la serrant dans la sienne, il continue: «Je me rends de ce pas chez François, je t'annoncerai pour ce soir, je serai censé t'avoir donné rendez-vous pour huit heures, et tu ne viendras qu'à onze, parce que, soi-disant, tu auras été retardé; à minuit, on nous dira de sortir, alors tu feras semblant de t'en formaliser, et François saisira l'occasion pour te pousser la botte. Tu es un homme d'estoque, le reste va sans dire. Au revoir.»
»—Au revoir, répondis-je; nous nous séparâmes. Mais à peine étions-nous dos-à-dos, que Goupil revint sur ses pas.
»—Ah ça! me dit-il, tu sais qu'à des fois la plume vaut mieux que le pigeon, il me faut de la plume, ou sinon...» Soudain prenant une attitude disloquée, ouvrant une bouche énorme, balançant ses mains à six pouces du sol, comme s'il eût voulu raser le pavé, il compléta la menace par une retraite de corps et par une avancée des jambes dans lequel la mobilité de ses pieds n'était pas ce qu'il y avait de moins grotesque.
»—C'est bien, dis-je à Goupil, tu ne m'avalera pas. Nous partagerons, c'est convenu.
»—Foi de grinche?