M. Sebillotte était propriétaire, il y avait chez lui plus que de l'aisance, et il ne devait rien; par conséquent, je ne voyais pas dans sa situation l'ombre d'un motif pour que le vol dont il se plaignait fût simulé, cependant ce vol était de telle nature, que pour le commettre, il avait fallu connaître parfaitement les êtres de la maison. Je demandai à M. Sebillotte quelles personnes fréquentaient le plus habituellement son cabaret; et quand il m'en eût désigné quelques-unes, il me dit: «C'est à peu près tout, sauf les passants, et puis ces étrangers qui ont guéri ma femme; ma foi, nous avons été bien heureux de les rencontrer! la pauvre diablesse était souffrante depuis trois ans, ils lui ont donné un remède qui lui a fait bien du bien.
—»Les voyez-vous souvent ces étrangers?
—»Ils venaient ici prendre leurs repas, mais depuis que ma femme va mieux, on ne les voit que de loin en loin.
—»Savez-vous quels sont ces gens? Peut-être auront-ils remarqué?...
—»Ah, monsieur, s'écria madame Sebillotte, qui prenait part à la conversation, n'allez pas les soupçonner, ils sont honnêtes, j'en ai la preuve.
—»Oh oui! reprit le mari, elle en a la preuve; qu'elle vous conte ça: vous verrez. Raconte donc à monsieur....
Alors madame Sebillotte commença son récit en ces termes: «Oui, monsieur, ils sont honnêtes, j'en mettrais ma main au feu. Enfin figurez-vous, il n'y a pas plus de quinze jours, c'était justement la semaine d'après le terme; j'étais occupée à compter l'argent de nos loyers, quand une des femmes qui sont avec eux est venue à entrer; c'était celle qui m'a donné le remède dont j'ai éprouvé un si grand soulagement; et il n'y a pas à dire qu'elle m'ait pris un sou pour ça, bien au contraire. Vous sentez bien que je ne puis pas faire autrement que de la voir avec plaisir. Je la fis asseoir à côté de moi, et pendant que je mettais les pièces par cent francs, voilà qu'elle en aperçoit une où il y a ce gros père, appuyé sur deux jeunesses, avec une peau sur les épaules, en manière de sauvage, qui tient un bâton; ah! me dit-elle, en avez-vous beaucoup de cette façon-là?
—»Pourquoi, lui dis-je?
—»C'est que, voyez-vous, ça vaut cent quatre sous. Autant vous en aurez à ce prix, autant mon mari vous en prendra, si vous voulez les mettre à part.
—»Je croyais qu'elle plaisantait, mais le soir, je n'ai jamais été plus surprise que de la voir, son mari était avec elle, nous avons vérifié ensemble notre argent, et comme il s'est trouvé parmi trois cents pièces de cent sous de celles qui lui convenaient, je les lui ai cédées, et il m'a compté soixante francs de bénéfice. Ainsi jugez, d'après cela, si ce sont d'honnêtes gens, puisqu'il n'aurait tenu qu'à eux de les avoir troc pour troc.»