«Chacun fait selon ses forces.»
Quelqu'un dit:
«C'est de la sagesse.
—Peut-être, reprit d'Orsel. En tout cas, personne ne peut dire que ce soit une folie de vivre paisiblement sur ses terres et de s'en trouver bien.
—Cela dépend, dit madame de Bray.
—Et de quoi, je vous prie, madame?
—De l'opinion qu'on a sur les mérites de la solitude, et d'abord du plus ou moins de cas qu'on fait de la famille, ajouta-t-elle en regardant involontairement ses deux enfants et son mari.
—Vous saurez, interrompit Dominique, que ma femme considère une certaine habitude sociale, souvent discutée d'ailleurs, et par de très bons esprits, comme un cas de conscience et comme un acte obligatoire. Elle prétend qu'un homme n'est pas libre, et qu'il est coupable de se refuser à faire le bonheur de quelqu'un quand il le peut.
—Alors vous ne vous marierez jamais? reprit encore madame de Bray.
—C'est probable, dit d'Orsel sur un ton beaucoup plus sérieux. Il y a tant de choses que j'aurais dû faire avec moins de dangers pour d'autres et d'appréhensions pour moi-même et que je n'ai pas faites! Risquer sa vie n'est rien, engager sa liberté, c'est déjà plus grave; mais épouser la liberté et le bonheur d'une autre!... Il y a quelques années que je réfléchis là-dessus, et la conclusion, c'est que je m'abstiendrai.»