—Non, mais la remplacer.
—Jamais! lui dis-je.
—Ne dis pas: Jamais; dis: Pas maintenant.»
Et là-dessus Olivier sortit.
J'avais les yeux secs, mais une atroce douleur me tenaillait le cœur. Je relus la lettre de Madeleine; il s'en exhalait cette vague tiédeur des amitiés vulgaires, désespérante à sentir quand on voudrait plus. «Il a raison, cent fois raison», pensais-je en me répétant comme un arrêt sans appel l'agaçante argumentation d'Olivier. Et tout en repoussant ses conclusions de toute l'horreur d'un cœur passionnément épris, je me disais cette vérité irréfutable: «Je ne suis rien à Madeleine, rien qu'un obstacle, une menace, un être inutile ou dangereux!»
Je regardai ma table vide. Un monceau de cendres noires encombrait le foyer. Cette destruction d'une autre partie de moi-même, cette ruine totale et de mes efforts et de mon bonheur m'abattit enfin sous la sensation sans pareille d'un néant complet.
«A quoi donc suis-je bon?» m'écriai-je.
Et le visage caché dans mes mains, je restai là, les yeux dans le vide, ayant devant moi toute ma vie, immense, douteuse et sans fond comme un précipice.
Au bout d'une heure, Olivier me retrouva dans le même état, c'est-à-dire inerte, immobile et consterné. Très amicalement il me posa la main sur l'épaule et me dit:
«Veux-tu m'accompagner ce soir au théâtre?