XV
IL y avait plus d'un grand mois que je n'avais vu Madeleine cinq minutes de suite sans témoin, et plus longtemps encore que je n'avais obtenu d'elle quoi que ce fût qui ressemblât à ses aménités d'autrefois. Un jour je la rencontrai, par hasard, dans une rue déserte du quartier que j'habitais. Elle était seule et à pied. Tout le sang de son cœur reflua vers ses joues quand elle m'aperçut, et j'eus besoin, je crois, de toute ma résolution pour ne pas courir à sa rencontre et la serrer dans mes bras en pleine rue.
«D'où venez-vous et où allez-vous?»
Ce fut la première question que je lui adressai, en la voyant ainsi égarée et comme aventurée dans une partie de Paris qui devait être le bout du monde pour Madame de Nièvres.
«Je vais à deux pas d'ici, me répondit-elle avec un peu d'embarras, faire une visite.»
Elle me nomma la personne chez qui elle allait.
«Que je sois reçue ou non, reprit-elle aussitôt, séparons-nous. Il est bon qu'on ne nous voie pas ensemble. Il n'y a plus rien d'innocent dans vos démarches. Vous avez fait de telles folies que désormais c'est à moi d'être prudente.
—Je vous quitte, lui dis-je en la saluant.
—A propos, reprit Madeleine au moment où je m'éloignais, je vais ce soir au théâtre avec mon père et ma sœur. Il y a une place pour vous, si vous la voulez.
—Permettez....., lui dis-je en ayant l'air de réfléchir à des engagements que je n'avais pas, ce soir je ne suis pas libre.