—Que faisons-nous, ce soir?

—Ce que vous voudrez.

—Où allons-nous?

—Où vous voudrez.

Tous les soirs, c'est la même demande et la même réponse, faites toutes les deux dans les mêmes termes. Puis, sans rien résoudre, il se trouve que l'ennui de chercher du nouveau, la pente de l'habitude, souvent la soif, nous mènent soit chez Djeridi, soit dans un petit café peu connu où nous avons découvert la meilleure eau qu'on boive ici, c'est-à-dire une eau claire, sans mauvais goût, sans magnésie, et renouvelée deux fois par jour par des bidons d'une propreté satisfaisante.

Ce soir-là, je ne sais comment il arriva qu'au lieu de nous arrêter chez Djeridi, nous passâmes, et que de détours en détours, allant toujours devant nous, nous nous trouvâmes à la porte des Dunes.

—Tiens, me dit le lieutenant, en aspirant une faible bouffée de brise qui venait de l'est, il y a de l'air de ce côté.

Cinq minutes après, nous étions, sans nous en douter, dans les dunes. Quelqu'un nous croisa; c'était le chasseur d'autruches qui regagnait la ville, une pioche à la main.

—D'où viens-tu? lui demanda le lieutenant.

—De mon jardin, répondit le borgne, qui passa sans plus attendre.