Quant à Ahmet, il était fort pâle, et son regard assez doux d'habitude se fixa sur moi d'une façon haineuse. Moloud, qui ne l'avait pas lâché, lui dit amicalement:

—Qu'avais-tu besoin de voler?

—L'argent était devant moi, je l'ai pris, répondit Ahmet; c'était écrit.

Et il se laissa emmener.

—Combien croyez-vous qu'on lui fasse donner de coups de bâton? demandai-je au lieutenant.

—Oh! pas beaucoup, mais il faut qu'ils soient bons; je dirai qu'on en charge Moloud.

Ce petit incident, qui me sépare d'un domestique que j'aimais, m'a fait réfléchir. Avec des valets fatalistes, les négligences sont dangereuses; et je me suis promis, à l'avenir, de ne plus tenter personne.

III
TADJEMOUT-AIN-MAHDY

Aïn-Mahdy.—Vendredi, juillet 1853

Mercredi, dans la matinée, le commandant nous donnait nos passeports, sous forme de deux petits carrés de papier écrits de droite à gauche, pliés et cachetés à l'arabe; l'un adressé au caïd de Tadjemout, l'autre au caïd d'Aïn-Mahdy. Il nous autorisait en outre à prendre deux cavaliers d'escorte, à notre choix.