—Mon lieutenant, dit le guide; allons plus loin, l'Oued-M'zi est tout près.
Et nous continuâmes.
—Décidément le cheval m'engourdit, reprit le lieutenant après une nouvelle heure de silence.
Et il me fit une théorie sur les inconvénients du cheval, pendant les étapes de nuit; théorie qui tendait à prouver que la marche forcée est le plus efficace des divertissements quand on s'endort.
Vers minuit et demi, le terrain, qui montait sensiblement depuis une heure, parut s'aplanir. De larges bouffées d'air, venant d'un horizon plus éloigné, nous apportaient comme une saveur humide. Nous dominions un vaste pays où l'on pouvait distinguer des bois; on entendait à une assez grande distance encore, mais devant nous, de faibles et rares coassements.
—Allons, il reste de l'eau dans l'Oued, dit le lieutenant, que cet avertissement des grenouilles parut consoler d'être venu si loin.
Une demi-heure après nous mettions pied à terre sur un large lit de sable encore tiède, et nous sentions, sans trop le voir, le voisinage d'un petit filet d'eau. De chaque côté s'alignait une haie épaisse de roseaux; au delà, régnait un taillis d'arbres bas et sombres dont on aurait pu, malgré la nuit, distinguer la couleur et la forme; c'étaient les bois de tamarins de Recheg; et, pour la première fois, je rencontrais de l'eau dans cette rivière avare appelée l'Oued-M'zi.
—Prenons-nous la tente? demanda le lieutenant.
—Ce n'est pas la peine.
—Ni le tapis non plus, n'est-ce pas?