On afficha en 1793 la tragédie de Jean-sans-Terre: quelques patriotes du faubourg Saint-Antoine, croyant qu'on voulait jouer le général Sans-Terre, qui était brasseur, arrachèrent toutes les affiches et se portèrent en masse au théâtre de la République. On parvint à les apaiser en leur donnant les premières places; mais l'on ne put en être maître, lorsque Sans-Terre dit au tyran:
Tu crois m'intimider en découvrant ma bière.
--Je l'avais bien dit! s'écria un d'entre eux. A bas!... à bas!... à bas les muscadins!... (On baissa la toile.)
M. de Bièvre, voyant des hommes qui suaient pour mettre au cercueil un homme dont on avait mal pris la mesure, leur dit:--C'est en vain que vous vous mettrez en eau pour le mettre en bière.
BIÈVRE
A propos de M. de Bièvre, qui a fait tant de calembours, un amateur demandait quelle différence il y avait entre M. de Bièvre et une épingle. On ne devinait pas.--C'est, dit-il, qu'une épingle a une tête et une pointe, tandis que M. de Bièvre a beaucoup de pointes, mais pas de tête.
Le marquis de Bièvre n'est mort qu'en 1789, époque où le calembour allait faire place à des jeux plus sinistres. Il a publié quelques petits ouvrages assez rares: l'Ange Lure, la Fée Lure, la lettre à la comtesse Tation, par le sieur (scieur) de Bois-Flotté, étudiant en droit-fil, l'Almanach des calembours, et quelques autres plaisanteries.
Si le marquis de Bièvre a introduit chez nous la manie des calembours, il a quelquefois fourni des armes contre lui-même. Il était fils du chirurgien du roi, nommé Maréchal. Dédaignant le nom de son père, il acheta la terre de Bièvre. Un de ses amis, qui l'entendait annoncer sous ce titre, lui dit:--Mais, mon ami, tu as mal fait de ne prendre que le titre de marquis; il t'en aurait moins coûté de te faire appeler le maréchal de Bièvre.
BIGOT
Napoléon, qui aimait les jeux de mots, fut charmé de nommer ministre des cultes M. Bigot, qui signait: Bigot de Préameneu.