En Italie, comme on sait, les voiturins qui vous conduisent à Rome, vous mènent, vous nourrissent et vous couchent dans la route, moyennant un prix convenu. En France, dans de telles conditions, le voyageur qui fait sa convention avec le voiturin lui donnerait des arrhes. En Italie, au contraire, le voiturin donne des arrhes au voyageur pour se l'assurer. Les voiturins sont chers aux artistes et aux gens qui veulent voir. Un abbé, qui cherchait à gagner Rome en artiste, rentrait joyeusement auprès de ses amis.--Avez-vous trouvé? lui dit-on.--Oui, répondit-il; je suis engagé; et le voiturin m'a donné un napoléon pour ses arrhes.
CHACAL
«Un prêtre espagnol, rencontrant Thomas Campbell dont il avait fait la connaissance à la table du général Trézel:--Excusez-moi, lui dit-il, si je ne vous ai pas rendu visite hier; mais j'étais obligé d'assister à la mort d'un chacal.
--À merveille, mon père, répondit Campbell, et j'espère que vous vous êtes amusé!
--Comment, amusé? mais j'allais lui porter les tristes consolations de notre sainte religion!
--En vérité?
--En vérité! et je vous assure qu'il est mort en chrétien repentant, malgré la vie dissolue qu'il avait toujours menée.
--Vous aimez à plaisanter, mon père! mais, parbleu, les chacals sont des chacals! vous ne pouvez pas exiger d'une brute qu'elle règle ses passions comme un animal raisonnable. Il n'est pas plus possible au chacal d'imiter votre continence, qu'il ne l'eût été au compagnon de Saint-Antoine d'imiter la sobriété de son patron.
--Il était adonné à la boisson, et, voyant un autre chacal mettre de l'argent dans sa poche, il le tua pour s'en emparer et acheter de l'eau-de-vie.
--Que diable me racontez-vous là, mon saint père! des chacals qui ont des poches, qui boivent de l'eau-de-vie, qui meurent en chrétiens! Vous êtes en joyeuse humeur, mio padre.»