—Alors, dit le curé, je suis sûr que mademoiselle Hermine me remplacera à cet égard.
—Certes, fit-elle, je ferai de bonne volonté tout ce que je pourrai…
Et ils restèrent silencieux, les braves cœurs.
Le lendemain après le déjeuner, le curé Bonal prit son bâton et, accompagné de ses hôtes, s'achemina vers La Granval. Tous trois marchaient lentement comme pour retarder le moment de la séparation, échangeant de temps en temps quelques paroles. Arrivés à la cafourche où une croix de pierre est plantée depuis les temps anciens, le curé s'arrêta et ils se firent leurs derniers adieux. Le chevalier, moins résigné que ses compagnons, récriminait contre la décision de l'évêque, ce pendant que la demoiselle Hermine, ayant tiré son mouchoir, s'essuyait les yeux, et que le curé regardait la terre en tapant de petits coups de son bâton.
—Mes amis, dit-il en relevant la tête, nous ne serions pas de bons chrétiens si nous ne savions pas supporter l'injustice. Ce saint emblème, ajouta-t-il en montrant la croix, nous enseigne la résignation: que la volonté de Dieu soit faite!
Et, s'étant fraternellement embrassés, le curé commença à descendre la combe raide. Les pierres du chemin roulaient sous ses pieds et il s'appuyait sur son bâton pour se retenir. Peu à peu sa haute taille diminuait dans le lointain et enfin il disparut dans les fonds boisés. Alors le chevalier et sa sœur, qui l'avaient suivi des yeux, rentrèrent tristement chez eux.
Sur les cinq heures du soir, le curé arriva à La Granval, où, aidé de la Fantille, j'avais mis tout à peu près en ordre. L'ancienne maison était grande assez; il y avait une vaste cuisine, une belle chambre où l'on aurait pu mettre quatre lits, et deux petites. Le curé jeta un coup d'œil sur l'installation, et sembla retrouver sous le vieux toit de famille les souvenirs de son enfance, car il resta longtemps pensif devant le feu.
L'heure du souper approchant, la Fantille mit une nappe au plus haut bout de la table, et y plaça le couvert du curé, puis elle trempa la soupe.
—Dorénavant, dit-il en la voyant faire, nous mangerons tous ensemble. Il n'y a plus ici de curé, obligé par état de garder certaines convenances; il n'y a plus que Pierre Bonal, fils de paysan, redevenu paysan. Demain Virelou viendra pour me faire d'autres habillements.