—C'est tant pis, repartit le curé. Je suis bien reconnaissant à toute la paroisse de l'affection qu'elle m'a marquée dans cette circonstance; mais il ne faudrait pas que, pour des préférences de personnes, la religion en souffrît.

Oyant cela, tout en vaquant à ses affaires, la Fantille hochait la tête en signe de désapprobation.

Le chevalier était bon convive et fit honneur à la poule au pot, à la farce dont elle était garnie, et à l'omelette qui la suivit. Il égaya un peu le repas en lâchant quelques-uns de ses dictons familiers. Ainsi, le curé, qui ne buvait pas de vin pur, lui ayant offert de l'eau par distraction ou habitude, avant de se servir lui-même, il le remercia ainsi:

—L'eau gâte moult le vin,

Une charrette le chemin,

Le carême le corps humain.

Ils restèrent longtemps à deviser à table. Le chevalier faisait tourner sa tabatière et prenait de fréquentes prises; le curé, son couteau à la main, traçait de vagues figures géométriques sur la nappe. Tous deux goûtaient les plaisirs de l'amitié à leur manière. Le chevalier, heureux du moment présent, n'oubliait pourtant pas ses griefs, et s'exprimait assez librement sur le compte de l'évêque qui avait frappé son ami et son curé; quant au successeur de celui-ci, il n'était pas bon à jeter aux chiens.

Le curé Bonal, qui avait peut-être ressenti plus vivement le coup de cette séparation de tout ce qu'il affectionnait, avait pourtant plus de résignation, et tâchait, dans l'intérêt de la religion, d'apaiser le chevalier.

—Mon ami, disait-il, avant tout il faut connaître votre nouveau curé. Il n'y a pas huit jours qu'il est à Fanlac, vous l'avez vu deux fois: comment pouvez-vous l'apprécier? Vous dites qu'il a une mauvaise figure; mais il se peut qu'il soit un bon prêtre malgré cela! Vous savez, comme moi, qu'il ne faut pas juger les gens sur la mine: les apparences sont souvent trompeuses.

—Oui, dit le chevalier: