Nous nous en allions doucement le long du chemin creux, entre les haies épaisses qui garnissaient les talus. J'avais une idée, mais je n'osais pas l'avouer à la pauvre drole, et je regardais machinalement les buissons noirs où restaient quelques prunelles bleuâtres flétries par l'hiver, et le chèvrefeuille qui, s'étalant sur les ronces et les viornes, laissait pendre des jets sur le chemin. De temps en temps, je cassais une brindille sans m'arrêter, et je la mâchonnais, toujours muet; mais enfin je me trouvai honteux de ma couardise, et, prenant courage, je dis:
—Pauvre Bertrille, excuse-moi… comment faites-vous pour vivre, toi ne pouvant aller en journée?
—Je file tant que je peux.
—Et tu gagnes quatre à cinq sous à ce métier; tu n'as pas pour vous entretenir le pain, surtout qu'il est cher, cette année!
Elle marchait la tête baissée et ne répondit pas.
Quelque chose me traversa le cœur, comme une aiguille.
—Et peut-être, repris-je, vous n'en avez pas, en ce moment?
Elle ne répondit toujours point.
Alors je lui attrapai la main:
—Regarde-moi, Bertrille.