—Adieu, lui dis-je, et à dimanche!
Je m'en allai tout autre que je n'étais venu, content de moi, le cœur solide, prêt à tout. Le plaisir d'avoir rendu service à ces deux pauvres femmes, la résolution que j'avais prise de les assister dans leur malheur, tout cela me transportait. Il me semblait que désormais je n'étais plus un être inutile à tous; j'avais un but, une tâche à remplir que je m'étais donnée moi-même, et cette tâche avait quelque chose de sacré qui me relevait dans ma propre estime; tout cela me faisait du bien.
Pendant la semaine, je travaillai avec courage, sans perdre une journée, comme ça m'arrivait quelquefois lorsque je n'avais à penser qu'à moi, puis, le dimanche venu, je m'en fus à Bars. A la pensée de ce que j'allais faire, je sentais une satisfaction intérieure qui m'était inconnue auparavant, et je marchais allégrement, impatient d'apporter quelque soulagement à la misère de ces deux malheureuses créatures.
Je les trouvai toujours dans la même situation: la mère gisant sur son grabat; la fille, sa quenouille au flanc, filant toujours à s'user les doigts. Lorsque après être resté un instant avec elles je sortis, la Bertrille vint avec moi, et tout en marchant je lui donnai l'argent de ma semaine; là-dessus, la pauvre drole me dit:
—O Jacquou! il faut bien que ça soit toi pour que je le prenne! d'un autre je mourrais de honte.
—Mais de moi tu peux tout prendre comme de ton frère, je te l'ai dit: accepte donc ce peu, de grand cœur, comme je te le présente!
Alors, ayant pris l'argent, elle s'attrapa à mon bras et nous fîmes une centaine de pas dans le chemin sans parler.
Puis, revenus devant la porte, nous nous regardâmes un instant, contents l'un de l'autre, et je lui dis:
—A dimanche, ma Bertrille.
—A dimanche alors, mon Jacquou.