L'été, il n'était plus question de tous ces amusements: on n'avait que le temps de travailler, de manger et de dormir; et encore, de dormir, pas trop. Dans le moment des fenaisons ou des moissons, il fallait se lever à trois heures du matin et, des fois il était neuf heures le soir lorsqu'on avait fini de rentrer le foin ou les gerbes si la pluie menaçait. Tout cela était coupé par les dimanches et quelques fêtes chômées comme la Noël, Notre-Dame d'Août et la Toussaint.

A propos de cette dernière fête, qui tombe la vigile du jour des Morts, il y avait dans certaines maisons, et non des pires, un usage ancien assez curieux:

Le soir on soupait en famille, et, pendant le repas, on s'entretenait des parents défunts, de leurs qualités, de leurs vertus, même de leurs défauts; et ce qu'il y avait de plus étrange, on buvait à leur santé en trinquant. Ce souper devait être composé de neuf plats, comme soupe, bouilli, fricassée, daube, saugrenade, tourtière, fricandeau, etc.

Le repas fini, on laissait sur la table les viandes et tout ce qui restait de chaque plat pour le souper des anciens, morts, et on rapportait du pain et du vin lorsqu'il n'y en avait pas assez.

Après ça, on faisait un beau feu et on rangeait les chaises en demi-cercle autour du foyer. Puis on se retirait pour laisser la place aux défunts, après avoir récité des prières à leur intention.

Le curé Bonal disait bien que tout cela sentait fort la superstition; mais en raison des prières et de l'intention pieuse, il fermait un peu les yeux.

Outre toutes ces fêtes, il y avait notre vote ou frairie, qui tombait le vingt-deux d'août, et celles des paroisses voisines, comme Bars, Auriac, Thonac, où nous ne manquions guère. Mais où on ne faillait jamais d'aller, c'était à Montignac, le vingt-cinq novembre, à la grande foire de la Sainte-Catherine. Ça, c'était de rigueur, et, ce jour-là, avec le curé, la demoiselle Hermine et La Ramée, il ne restait dans le bourg que les vieux, vieux, qui ne pouvaient quitter le coin du feu, et les tout petits enfants; et même, de ceux-ci, il y avait beaucoup de clampasses de femmes qui les y traînaient par la main, ou les portaient sur les bras quand ils étaient trop petits. Le chevalier lui-même y allait sur sa jument, pour rencontrer ses amis, petits nobles des environs, et manger ensemble une tête de veau et une dinde truffée au Soleil d'Or.


Les choses marchaient donc à souhait; tout le monde était satisfait de moi, et moi bien reconnaissant à tous ceux qui me faisaient bien. Mais, «si ça marchait toujours au gré de tous sur la terre, les gens ne voudraient pas aller en paradis», comme disait le chevalier.

Depuis quelque temps il n'était pas content, le brave et digne homme, il trouvait dans sa gazette des nouvelles de Paris qui ne lui convenaient pas. Les affaires de la politique prenaient une vilaine tournure: on avait guillotiné quatre sergents de La Rochelle, fusillé des généraux, des officiers; les jésuites revenus étaient les maîtres partout, et c'étaient de mauvais maîtres. Les missionnaires envoyés par eux prêchaient de ville en ville, provoquant des persécutions contre les incrédules, les jacobins, excitant quelquefois des troubles, durement réprimés; tout cela causait par toute la France un mécontentement général qui favorisait le développement des sociétés secrètes.