Et, ce disant, ce coquin-là tendait le bras du côté de Fanlac, de manière que tous les assistants comprenaient bien qu'il parlait du curé Bonal, qui avait été vicaire à Montignac, autrefois.
Moi, oyant cette bête-là parler ainsi du curé, je fus au moment de lui crier sur le coup de la colère qui me monta: «Tu en as menti, gredin!»
Mais je me retins, et je le dis seulement à demi-voix, ce qui fit retourner plusieurs personnes dans le fond de l'église, où j'étais, puis je partis furieux.
«Est-il possible, pensais-je en m'en allant, qu'un homme si bon, si charitable; qu'un prêtre d'une vie si exemplaire, et digne par son caractère des respects de tous, soit ainsi vilainement calomnié par ses confrères!»
Je dis par ses confrères, car, outre les missionnaires, il y avait aussi dans le voisinage des curés qui, pour se faire bien venir des jésuites tout-puissants, prenaient leur mot d'ordre et semaient à la sourdine un tas de calomnies contre le curé Bonal. Ils ne l'aimaient point, d'ailleurs, tous ceux du doyenné de Montignac, parce que sa conduite les accusait tous. On ne le voyait pas dans ces ribotes qu'ils faisaient les uns chez les autres, sous le prétexte de la fête de l'endroit, ou sans prétexte aucun; ribotes d'où ils sortaient les oreilles rouges, gorgés de bons vins, et le ventre entripaillé. Lorsqu'il était, par état, obligé d'assister à une réunion, à un repas, il ne passait pas la nuit avec les autres, à jouer à la bouillotte ou à la bête hombrée; il trouvait une raison honnête pour se retirer. Celui qui disait le plus de mal de lui, derrière, car par devant il faisait le cafard, la chattemite, c'était dom Enjalbert, le chapelain de l'Herm. C'était lui qui, en allant piquer l'assiette chez les curés d'alentour, répandait depuis longtemps de mauvais bruits sur le curé Bonal. Le curé le savait, mais ne s'en souciait guère, comptant bien que sa conduite le cautionnait assez; et, en effet, dans sa paroisse, il était aimé et respecté comme il le méritait. Du côté de l'évêché, il avait été tranquille tant que le diocèse avait dépendu de l'évêque d'Angoulême, mais depuis quelques années qu'on avait rétabli l'évêché de Périgueux, il avait essuyé des tracasseries, des vexations, et maintenant il comprenait bien qu'on voulait le perdre.
—S'ils avaient affaire à moi,—lui disait quelquefois le chevalier,—je les démasquerais publiquement, tous ces mauvais chrétiens!
—Oui! bien souvent le sang bout dans mes veines… mais le scandale retomberait sur la religion: il vaut mieux que je me taise.
Pourtant, s'il avait su tout ce que ces misérables disaient de lui et de la demoiselle Hermine, comme je l'appris en revenant de la fête d'Auriac, peut-être n'aurait-il pas eu tant de patience.
Car j'y allai, à cette dévotion de la Saint-Rémy: je n'eus garde de faillir à l'assignation, comme on pense. La veille, je profitai du moment où le curé était venu voir le chevalier, pour leur en demander la permission à tous deux. Ma requête ouïe, le chevalier dit: