Il se mit à rire: Sans doute, mais avec ça, quoiqu'on ne soit plus que des paysans, on aime à se rappeler qu'on vient d'une grande famille. Vous me direz que c'est de la fumée; je ne dis pas le contraire, mais en y regardant de près, tout est fumée, et nous ne vivons que de ça.
Sur ma demande, Labrugère m'apprit que cette habileté à remettre ou à raccommoder les bras, jambes, côtes et os quelconques, venait de son bisaïeul, et que ce don de nature avait été transmis, avec des enseignements pratiques, à son grand-père Bernard, qui avait à son tour enseigné son fils aîné; en sorte qu'il y avait en ceci, un don naturel, des secrets de famille et une habileté héréditaire. Mais, ni le bisaïeul, ni le grand-père, n'en faisaient point un métier; ils se bornaient à rendre service autour d'eux par bonté, allant même assez loin si on les faisait demander, tandis que lui-même et son père aussi vivaient de cet état.
Tout en caquetant, nous cheminions bon train et bientôt nous arrivâmes au gué du moulin dont je ne me rappelle plus le nom. Ayant passé l'eau, nous piquâmes droit sur Coulaures, en passant par Fosse-Landry.
Il était sur le coup de trois heures et demie lorsque nous arrivâmes au Frau. Aussitôt les bêtes débridées, je leur donnai du foin, et mon oncle arriva.
—Salut, dit-il, en donnant une poignée de main à Labrugère; je suis content de vous voir, car ce pauvre Gustou se tourmente fort de la crainte que mon neveu ne vous ait pas trouvé. A présent qu'il a ouï les pas des bêtes il doit être plus tranquille.
Nous montâmes de suite à la maison, où nous avions mis Gustou, au lieu de le porter dans sa chambre du moulin, afin d'avoir plus de commodité pour le soigner.
—Voulez-vous boire un coup avant de le voir? dit mon oncle à Labrugère, quand nous fûmes dans la cuisine.
—Merci, non; après, je ne dis pas.
En entrant dans la chambre, Labrugère posa son chapeau sur une chaise, et puis s'approcha du lit de Gustou.
—Ah! ah! c'est vous qui avez fait cette bêtise?