—Donne-moi une chemise, des bas, des mouchoirs; que veux-tu, on ne peut pas le garder, il n'a rien fait: que diable, on ne peut pas mettre un homme en prison, seulement parce qu'il n'aime pas Bonaparte. Allons, console-toi, je vais l'accompagner à Périgueux, et là je verrai M. Masfrangeas; peut-être qu'il nous aidera à le sortir de prison.
La pauvre créature, tenant d'un bras son petit serré contre elle, de l'autre prenait dans la lingère les affaires qu'il fallait; mais elle faisait ça machinalement, sans parler, ne sachant trop où elle en était. Je pliai tout dans une serviette, et je lui dis: Reste là; je ne voulais pas qu'elle vît mon oncle partir. Mais lui vint avec un air tranquille, et l'embrassa en lui recommandant bien de ne pas se faire du mauvais sang, qu'on ne le garderait pas.
Elle ne disait rien et pleurait. Sa poitrine se soulevait, étouffant de gros soupirs. Nous sortîmes, mais quand elle entendit les gendarmes descendre l'escalier, emmenant mon oncle, elle jeta un grand cri, et tomba par terre. Le pauvre oncle, entendant ce cri, voulut remonter, mais les gendarmes l'attrapèrent par le bras et l'emmenèrent. Moi j'étais remonté vitement, et avec la Suzette je mis ma pauvre femme sur un lit, et je la fis revenir avec du vinaigre. Je restai ensuite un moment avec elle, tandis que la Suzette tenait le petit, et je m'efforçai de la consoler, et de l'arraisonner. Pour lui faire reprendre courage, je lui disais que probablement mon oncle reviendrait avec moi, mais je ne le croyais pas. Enfin, elle se remit un peu, descendit du lit, et la voyant plus tranquille je m'en allai, en disant à Gustou de rester à la maison en tout cas.
Je pris la jument à l'écurie, et tenant le paquet attaché dans la serviette, je la fis courir un peu pour les rattraper. Je me disais en moi-même: L'auront-ils attaché? Quand je fus tout près d'eux, je vis que non, et je sus, après, que l'un des gendarmes, avant de monter à cheval au départ, avait tiré ses chaînes. Mais mon oncle l'avait regardé dans les yeux et lui avait dit:—Est-ce que vous voulez attacher comme un voleur un ancien maréchal des logis de chasseurs d'Afrique qui est innocent de tout crime? Je vous promets de ne pas chercher à me sauver.
Le plus jeune qui avait la chaîne, un Corse méchant, voulait l'attacher quand même, mais l'autre, un vieux brisquard qui avait femme et enfants, et n'était pas mauvais diable au fond, dit à son camarade:
—Je le connais, il ne se sauvera pas, laissons-le libre.
Lorsque je les eus rejoints, je descendis menant la jument par la bride, et mon oncle me dit:—Hé bien et Nancy? et le drole?
—Elle est mieux maintenant, et le petit dort.
Quand nous fûmes à Coulaures, les gens furent bien étonnés de voir le meunier du Frau entre deux gendarmes, et tout de suite ils se doutèrent de quoi il retournait, sachant bien que Sicaire Nogaret ne pouvait être arrêté pour aucune mauvaise action. Malgré ça, c'est triste à dire, il y eut de nos connaissances qui nous laissèrent passer sans nous parler, et d'autres rentrèrent chez eux, honteux de ne pas seulement dire bonjour au prisonnier, et n'osant le faire, crainte de se compromettre. Mais les Puyadou ne firent pas ainsi; ils vinrent au milieu de la route lui toucher de main, et la petite vieille l'embrassa, en criant tout haut et clair:—Si on met les braves gens en prison, qu'est-ce donc que ceux-là qui les y font mettre?
Là-dessus, le Corse dit: