—Comment! fit le curé en tressautant, mais ce n'est pas la même chose! J'ai mission de Notre-Seigneur Jésus Christ de ramener les âmes à lui; Monseigneur m'a donné les pouvoirs nécessaires, je suis votre pasteur, et à ce titre j'ai le droit de vous remontrer ce que je crois être pour votre bien.

—Eh bien! Monsieur le curé, riposta mon oncle, vous êtes chez des gens qui ne croient pas à votre mission, comme vous dites, ni aux pouvoirs de l'évêque, ni à plus forte raison aux vôtres. Nous ne sommes pas de vos brebis, puisque pour vous les gens de la commune sont un troupeau, et vous n'êtes pas notre pasteur. Que ceux qui reconnaissent votre autorité reçoivent vos remontrances, c'est leur affaire; mais ici vous n'avez point à nous en faire.

Il se leva les yeux méchants, jaune de bile remuée, et s'adressant à moi:

—Mais au moins, dit-il, que votre femme et vos enfants innocents ne soient pas les victimes de vos funestes principes; laissez-les être chrétiens!

J'allais lui répondre, mais ma femme qui était là debout, son dernier enfant sur ses bras et les deux autres tenant son cotillon, fut plus prompte que moi et lui dit:

—Monsieur le curé, dans une maison et dans une famille, il ne doit y avoir qu'une croyance et une religion, celle du père: nous restons unis en ça comme en tout.

—Allons, fit-il en remettant son chapeau, je vois que je suis dans une maison où le démon est tout-puissant; il ne me reste qu'à me retirer.

—Du moment que vous parlez ainsi, lui dis-je en remettant aussi mon chapeau, c'est ce que vous avez de mieux à faire.

A la porte il se retourna, et étendant le bras il nous dit:

—Je prierai Notre-Seigneur de toucher vos cœurs impies, et de me faire la grâce d'être l'instrument de votre réconciliation avec Dieu. Je vous attends un jour au tribunal de la pénitence! D'ici là, souvenez-vous qu'on ne peut être honnête homme sans religion!