Il paraît qu'on ne s'ennuyait pas trop à l'entendre prêcher, surtout aux hommes, car il avait toujours des histoires risibles à raconter, et, quand au fond de l'église quelques badauds en riaient, il leur envoyait des brocards qui faisaient rire les autres d'autant plus.
Bien entendu, ces deux moines parlaient de sauver la France, et ils disaient que nos malheurs, en 1870, étaient l'effet de notre peu de religion. Ils n'expliquaient pas pourquoi les Prussiens, qui, au bout du compte, n'étaient que des hérétiques, avaient été favorisés de Dieu: mais s'il leur avait fallu expliquer tout ce qu'ils disaient, ça aurait été long.
Ils donnaient à foison des petits papiers, où il y avait des prières qui vous tiraient un défunt du purgatoire, coup sec, et des images avec des cœurs saignants, et aussi des médailles.
Et justement c'est leurs médailles qui furent cause qu'on renvoya mes droles de la classe. Ils étaient allés un jour à la maison d'école, et avaient interrogé quelques enfants sur le catéchisme; ils avaient fait chanter des cantiques, et finalement avaient distribué des médailles. Lorsque le gros moine brun passa devant mon François, qui avait ses treize ans, le drole, qui ne te voulait pas de médaille de cet individu, lui dit:
—Merci, monsieur le curé, je n'en ai pas besoin.
L'autre, qui ne se doutait de rien, lui répondit:
—Gardez-la tout de même, mon petit ami; si vous en avez une, déjà, vous donnerez celle-ci à quelqu'un des vôtres.
Le drole ne répliqua pas et posa la médaille sur la table.
Quand les moines furent dehors, le régent leur expliqua que l'enfant qui avait refusé la médaille appartenait à une famille impie; et eux lui dirent alors de la reprendre, pour qu'elle ne fût pas profanée.
Comme il resta assez longtemps à faire le cagnard avec ces moines, tandis qu'il n'y était pas les enfants s'amusaient, et celui qui était à côté de François poussait la médaille vers lui, disant: