Puis c'était le duc d'Angoulême en général, arrivant sur le front des troupes pour passer une revue. Il était reçu par les généraux qui le saluaient tous ensemble, le chapeau au bout du bras demi tendu vers lui:

—Est-ce qu'ils lui demandent la charité? disais-je à la demoiselle.

Ils étaient curieux, ces généraux; ils se ressemblaient tous: ils avaient de grands nez droits, de petits favoris, pas de moustaches, et les cheveux frisottés ramenés sur le front.

Il y avait encore Henri IV à cheval, entrant à Paris; la prise du Trocadéro, où on ne voyait rien, rapport à la fumée; un portrait de feu Monseigneur de Lostanges, et quelques autres tableaux.

Sur la tablette de la cheminée, était toujours un gros chat sauvage empaillé, tué par M. Silain dans le bois que depuis on a appelé le Bois-du-Chat; au-dessus, était accroché un baromètre, que le Monsieur ne manquait pas de consulter en partant pour la chasse.

Mais de tout ça, ce qui m'amusait le plus, c'était un paravent curieux. Sur le papier de couleur claire, la défunte dame de Puygolfier et sa fille avaient collé partout des images découpées, qui n'étaient, pour la plupart, que des caricatures sur Louis-Philippe, sa famille et son gouvernement. Il faudrait une heure pour les mentionner toutes. Le roi des Français était toujours représenté avec une tête de poire! Il y avait une de ces images représentant un musée, où tous les tableaux, paysages, monuments, portraits, objets quelconques, ressemblaient à des poires; et parmi les messieurs qui regardent, en voici encore en tête de poire, avec un parapluie...

J'en étais là de ma revue, lorsque la demoiselle redescendit. Qu'elle était jolie avec sa collerette à pointes découpées, sa robe froncée avec une boucle dorée à la ceinture, des manches à gigot, et une jupe courte qui laissait voir le bas des jambes, où des rubans noirs s'entre-croisaient sur les bas blancs, pour tenir le petit soulier! Elle portait dans une couverture de berceau, tout plein de petites affaires d'enfant: drapes, maillots, brassières et des petits bonnets qu'elle mettait sur son poing pour me faire voir. Pauvre chère demoiselle! comme on voyait bien qu'elle avait fait tout ça avec affection, et qu'elle aurait été bien contente d'avoir à elle de petits enfançons à habiller. Elle avait pour lors vingt-six ans; elle aurait été une bonne mère; elle méritait d'être heureuse, mais le sort ne l'a pas voulu, et elle restait au crochet, ou à la pendille, comme disait mon oncle.

Toutes ces petites nippes furent bien pliées, et mises dans un grand cabas attaché au panneau de la bourrique, et après ça en croupe, la grande Mïette attacha encore un bissac plein de vivres. Quand tout fut prêt, la demoiselle noua un foulard sur sa tête, et nous voilà partis.

En sortant de la cour je demandai un peu tardivement des nouvelles de M. Silain.

—Ah! répondit la demoiselle, mon père est à chasser les loups à Jumilhac, avec des messieurs du Limousin; qui sait quand il reviendra.