—Quelle loi?

—Hé! la nouvelle loi du trois de ce mois. Dorénavant on ne pourra plus chasser qu'à de certaines époques, et avec ça il faudra un permis qui coûtera vingt-cinq francs.

—Une propre loi! s'écria mon oncle. Ah ça, ce vieux farceur de Philippe a donc encore besoin d'argent pour doter quelqu'un de ses enfants? S'il n'y a que moi, pour lui foutre vingt-cinq francs, il attendra longtemps!

Ah! il va bien, le fils d'Égalité; le mois dernier, c'était la loi sur les patentes: voilà que nous ne pourrons plus faire moudre, travailler, sans le payer; aujourd'hui, nous ne pourrons plus tuer un lièvre dans notre rétouble sans le payer encore!

—Allons! allons! faisait M. Masfrangeas en riant, pour le calmer; mais mon oncle était parti.

—L'argent! l'argent! ils ne connaissent que ça, lui et toute sa clique; il faut payer deux cents francs de taille pour être électeur; ça fait que des vieilles bêtes, comme chez nous ce grand Champalimaou de Loubignat, nomment nos messieurs à cinq cents francs, et moi et tant d'autres, nous n'avons que le droit de payer; de payer pour travailler, de payer pour respirer, de payer pour chasser!

Mais ça ne peut pas durer longtemps comme ça!

—Mon pauvre Rétou, dit M. Masfrangeas, ça durera plus que nous.

—Jamais de la vie! s'écria mon oncle, dans quelques années tu verras ça. Vous autres, dans les bureaux, vous ne savez pas ce qui se passe. Les maires ne disent à la Préfecture que ce qui peut faire plaisir au gouvernement. Laisse faire un peu, les gens sont bien sots, mais ils commencent à s'embêter d'être écrasés sous la charge et rondinés comme des ânes qu'on mène au moulin.

—Tu as raison, mauvaise tête, mettons-le, dit M. Masfrangeas; mais avec tout cela le levraut va se refroidir.