[Note 2 : Chants bretons, publiés par M. H. de la Villemarqué.]
Ainsi se modifient ou s'effacent les traits extérieurs de ce vieux peuple, et le chemin de fer qui s'avance, prêt à lancer ses wagons comme une flèche au cœur de l'Armorique, consommera le changement : il ne faut pas s'en étonner ; les costumes, les villes, la langue, les institutions, formes variables, peuvent être ou ne pas être ; mais ce qui n'a pas changé en Bretagne, c'est ce qu'il y a de plus intime dans un peuple, la religion, et la religion est l'essence du génie breton. Les sauvages comme les Turcs, dit Chateaubriand, n'étaient attentifs qu'à mes armes et à ma religion ; les armes, qui protègent le corps de l'homme, la religion qui est son âme même. C'est à ce point de vue que la Bretagne a été peinte dans ce livre ; la Bretagne est religieuse, c'est ce qui fait qu'elle est encore la Bretagne.
LA BRETAGNE
I
Foi et poésie des Bretons.
Le Grand-Bé. — Les croix. — Les églises. — Les clochers.
La baie de Saint-Malo est toute parsemée de rochers sur lesquels on a construit des forts qui protégent la ville de leurs feux croisés ; le Grand-Bé est un de ces îlots ; naguère il était armé de canons ; aujourd'hui, le fort abandonné tombe en ruines, et, à l'extrémité de son cap, de loin on aperçoit une croix se dessinant sur l'azur du ciel. Cette croix attire tous les regards, et c'est vers cette croix, dès que la mer basse laisse à découvert la grève de sable et de granit, que tendent les pas des voyageurs.
Après avoir monté une pente raide et âpre, on atteint un plateau nu, aride, où quelques moutons trouvent à peine à brouter une herbe rare ; on tourne à travers un défilé de rochers, et, sur la pointe la plus escarpée, tout à coup on se trouve devant une pierre et une croix de granit. C'est le tombeau de Chateaubriand.