Il est, à un autre point de vue, l'exemple le plus vif de la volonté et de l'énergie. Descartes avait dit : Je fais table rase de mon esprit, j'oublie tout ce que j'ai appris, et j'élèverai un nouvel édifice, pierre à pierre, en commençant par la première ; et on l'admire pour avoir eu cette pensée et avoir accompli ce qu'il avait conçu. Je m'étonne autant de l'œuvre de Quériolet ; dire : Je ferai en moi tel travail moral, n'atteste pas moins de force, et y avoir réussi n'est pas moins admirable.

C'est à ce moment, sans doute, qu'on fit son portrait, placé en tête de l'histoire de sa vie, où il est représenté avec un type fortement caractérisé : le nez en avant, un front buté, entêté, des pommettes maigres, saillantes, les yeux bridés, yeux dont la vivacité et la flamme sont adoucies et abattues par la continuité de la prière et des larmes, visage qui vous arrête, qui se fait regarder et dont on se souvient.

Il demeura dans la solitude, les méditations, les rigueurs et les bonnes œuvres, et sa pénitence dura vingt-six ans. Il mourut jeune, en 1660, car les austérités avaient vite épuisé son corps : quand il se sentit près de sa fin, il se traîna à Sainte-Anne d'Auray, le lieu de pèlerinage de la Bretagne ; il y voulut mourir et y avoir son tombeau, gardant ainsi, jusque dans la mort, le double caractère de sa religion et de sa race, de chrétien et de Breton.


XIV

Du mouvement intellectuel en Bretagne.

Archéologie. — Histoire. — Littérature. — Arts. — L'Association bretonne.

Ce serait un lieu commun aujourd'hui de faire remarquer le développement des études historiques en France ; ce qu'il importe de constater, c'est le caractère sérieux qu'elles ont pris depuis quelques années. Lors du mouvement romantique de la Restauration, on s'éprit avec enthousiasme des vieilles chroniques et des légendes ; mais cette ardeur nouvelle tenait plus au plaisir de découvrir des sujets et des tableaux curieux et pittoresques qu'à un amour sincère et désintéressé de la vérité. Ce fut le temps des romans historiques, des drames aux passions violentes, où l'imagination suppléait à la demi-science des auteurs, et où la fantaisie était si intimement mêlée à l'histoire, qu'il était difficile de faire la part de la réalité et de la fiction. Le siècle était en sa jeunesse, il faisait de la poésie, non de l'histoire.

Ce moment de première fièvre est passé : l'époque de la maturité est arrivée, et, avec la maturité, la gravité des études et de la pensée. Les hommes que nous voyons aujourd'hui à l'œuvre, ont, dans leurs travaux, une suite et une expérience qui les décèle hommes faits ; ils ne se contentent plus des premières impressions, il leur faut quelque chose de précis et d'exact, le vrai ; l'histoire de leur pays a pour eux un vif intérêt, ils veulent connaître les mœurs du passé, ses usages, ses arts, ses grands hommes, ses origines : de là, le développement des études archéologiques, études qui appartiennent plus particulièrement à la province.