— Sans doute elle vous tuerait, reprit le prêtre, si vous tentiez de la subir armé de la seule raison, mais vous le savez, mon fils, la foi rend invincible, et la prière est la plus sûre de toutes les armes ; priez donc et croyez !... et si le spectre vient encore à vous, interrogez-le au nom du Dieu vivant ; qu'il dise ce qu'il veut et au nom de qui il vient... Allez, mon fils, je vous absous, que Dieu vous soutienne !... »
Le soir même, fort dans sa foi, mais faible dans sa chair, le gantier se rendit à l'église, s'agenouilla dans la même chapelle et se fit enfermer encore, mais cette fois il ne s'endormit pas ; il pria jusqu'à l'heure attendue avec impatience et pourtant redoutée.
Au premier coup de minuit, les deux bougies s'allumèrent d'elles-mêmes ; l'autel se tendit de noir ; puis d'un pas lent et sourd, le squelette, revêtu de la chasuble de deuil, parut à l'entrée de la chapelle.
« Si tu viens au nom de Satan, s'écria le gantier d'une voix émue, retire-toi, fuis ce temple saint ; mais si tu viens au nom de Dieu tout-puissant, dis... que veux-tu ?
— Écoute et crois, mon fils, celui qui vient au nom du Seigneur, murmura le spectre... Voilà déjà bien des années, oh ! des années bien longues pour ceux qui souffrent ! que chaque nuit, à la même heure, j'attends, à cet autel, un chrétien qui me réponde une messe que j'avais promise, quand j'étais au nombre des vivants et que je n'ai point dite alors, par négligence d'abord, par oubli ensuite. Cette négligence et cet oubli coupables ont eu des suites terribles, car ils ont pour longtemps fermé les portes du ciel à l'âme de celui qui devait la dire, et aussi à l'âme de celui pour qui elle devait être dite... Sois béni, mon fils, toi que Dieu a choisi pour être l'instrument du salut de deux âmes !... Aussitôt le spectre et le gantier s'agenouillèrent au pied de l'autel, et la messe des morts commença ; mais quand le prêtre eut prononcé le requiescat in pace, il disparut, et le gantier, jetant les yeux vers la croisée, vit deux traînées lumineuses qui montaient au ciel...
Il essuya alors la sueur glacée de son front, attendit dans la prière l'heure de l'Angelus, et quand il rentra dans sa famille avec un doux sourire aux lèvres, il y rapporta le calme et la joie, car son âme était complétement rassérénée.
LÉGENDE DE SAINT CHRISTOPHE.
Saint Christophe, comme tout le monde le sait, était doué de robustes épaules ; aussi, dans le temps jadis, lui avait-on confié l'emploi de passeur sur la rivière du Scorff. Un beau jour, Jésus-Christ arrive au bord de l'eau avec ses douze apôtres ; Christophe s'empresse de les prendre dans ses bras et les transporte sur l'autre rive avec toute sorte d'égards.
« Voyons, dit Jésus-Christ, que désires-tu pour ton salaire ?