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A LOUIS CODET

Mon cher ami, vous avez assisté à la mise au jour de ce livre. Vous l’avez vu se développer, grandir, chapitre par chapitre, et presque page par page. Vous lui avez témoigné un intérêt constant, et vous l’avez défendu, quand, parfois, avec la fureur pleine d’amour d’un père, je l’accusais. Vous m’avez soutenu dans les heures de lassitude et de découragement, et vous m’avez réconforté.

Je ne pouvais donc inscrire ici qu’un nom : le vôtre.

Je le fais, en vous remerciant de votre active et efficace amitié.

E. M.

LA TURQUE

PROLOGUE

I

Sophie Mittelette arriva à Grenoble vers trois heures. Elle avait quitté Genève de bon matin. Selon son ordinaire, levée à l’aube pour achever le ménage pendant que son tuteur dormait, elle avait ouvert la porte de la maison, poussé les volets du rez-de-chaussée, et posé un balai contre le mur, dans la rue. Puis, panier au bras, elle avait été jusque chez l’épicière, encore toute ensommeillée, et — comme partant pour les provisions — lui avait emprunté une pièce de vingt francs. Elle courait alors à la gare, où elle retrouvait son petit baluchon, apporté déjà la veille pendant un tour de promenade de M. Bourdit, et montait dans le train. Aujourd’hui ce n’était pas elle qui réveillerait son tuteur.