Les satires de Pidanzat paraissaient sous la forme de Correspondance entre Sorhouet (un des nouveaux conseillers) et M. de Maupeou, chancelier de France, qui plus tard ont été réunies sous le titre de Meaupeouana. Une de ces satires, intitulée les Œufs rouges, ou Sorhouet mourant à M. de Maupeou, chancelier de France, était accompagnée de trois gravures allégoriques fort curieuses, parmi lesquelles celle dont nous donnons un fac-similé.

Fig. 21.—Fac-similé d'une estampe satirique, publiée en 1772, contre le chancelier Maupeou.

Cette estampe représente la Métamorphose d'Hécube en chienne enragée, poursuivie à coups de pierres par les Thraces; et voici comment l'auteur en explique le sens. Le chancelier en simarre, dont la tête est déjà changée en celle d'une chienne, une patte fermée, avec laquelle il croit encore pouvoir donner des coups de poing; de l'autre, il porte à la gueule la Lettre à Jacques Vergé (écrit maladroitement apologétique des actes du chancelier); on lit sur l'adresse ce mot terrible: Correspondance. La Vérité lui présente un miroir, pour lui faire voir que sa nouvelle forme ne lui a rien enlevé des agréments de son ancienne figure. A ses pieds on voit un ballot ouvert, duquel sortent avec impétuosité les protestations des princes et les diverses parties de la Correspondance, qui se changent en pierres. Quelques Français ramassent ces brochures et les jettent à ce vilain dogue. Le fond représente une partie du temple, sur le frontispice duquel est Thémis entourée de nuages, qui ne doivent pas tarder à se dissiper. Sur les marches on voit une foule de spectateurs qui lèvent les mains au ciel, pour rendre grâce de la punition exercée contre Maupeou, et du prochain retour de la justice.

On sait que dès son avènement (1774) Louis XVI rappela l'ancien parlement. Le chancelier fut exilé dans ses terres de Normandie, qu'il ne devait plus quitter, et où il mourut en 1792.

[255.]—En feuilletant l'ancienne Gazette de France, nous y trouvons, sous la rubrique de Varsovie, 13 mai 1667, la nouvelle que voici:

«Louisa-Marie, fille de Charles de Gonzague, duc de Mantoue, reine de Pologne, décéda ici le 10 de ce mois. Cette princesse, ayant mal passé la nuit du 8 au 9, ne laissa pas de se lever; mais l'après-dînée, sur les trois heures, elle commença de cracher du sang, avec de fréquentes envies de vomir, ce qui obligea de lui en tirer trois palettes. Ce remède fut continué sur les 8 heures du soir, mais sans aucun soulagement, ayant passé cette nuit plus mal que l'autre, de sorte que ces médecins étaient résolus de lui en tirer encore sur les quatre heures du matin, s'ils n'en eussent été empêchés par la crainte qu'elle mourût pendant la saignée, tant ils la trouvaient faible. En effet, trois quarts d'heure après, elle mourut sans aucune difficulté (!!!), mais avec une douleur d'autant plus grande de toute la cour qu'on l'avait crue depuis quelques jours en pleine convalescence.»

Sans aucune difficulté, dit le grave journal. Le mot est digne de mémoire.

[256.]—On a déjà vu (no 114) que l'ancienne police de Venise a laissé de terribles souvenirs. Autre exemple:

Un prince de Craon, se trouvant à Venise au dix-septième siècle, y fut volé d'une somme considérable, et en conçut assez d'humeur pour se croire en droit d'invectiver contre la police vénitienne, qui ne s'occupait, disait-il, qu'à espionner les étrangers, au lieu de veiller à leur sûreté.