A Paris, le pastel recevait plus communément le nom de guède, et l'on en faisait un grand commerce à Saint-Denis; si bien que la place où on le vendait, à de certains jours de la semaine, avait reçu le nom de marché aux Guèdes.
«Cette place,—dit J.-B. de Roquefort dans une de ses savantes annotations de l'Histoire de la vie privée des Français de Legrand d'Aussy, dont il fit une nouvelle édition en 1816,—cette place est à l'entrée de la ville par la route de Paris; mais l'écrivain du tableau indicatif des rues, ne comprenant pas ce mot de Guèdes, l'a, par une ignorance assez commune dans nos villes et même à Paris, changé en celui de marché aux Guêtres. Passant un jour à Saint-Denis, je fus frappé de cette faute grossière, et j'en écrivis aussitôt au maire, qui, sans daigner me répondre, fit substituer à la dénomination ridicule qui existait celle, plus ridicule encore, de Gueldres, et maintenant (1815) on lit place aux Gueldres.»
[259.]—Jacques Cœur, le célèbre argentier de Charles VII, qui dut une fin misérable aux jalousies que firent naître les richesses dont il faisait pourtant un si noble usage, Jacques Cœur affectionnait beaucoup les adages populaires et les rébus, qui, d'ailleurs, étaient fort de mode à l'époque où il vivait. La magnifique maison qu'il avait fait construire, aujourd'hui l'hôtel de ville de Bourges, témoigne de ce goût par le grand nombre d'emblèmes parlants et de devises qu'on y peut voir.
Parmi les énigmes qui décorent cet édifice, les unes présentent leur signification sous la forme de figures. Beaucoup sont accompagnées de phylactères ou banderoles avec légendes. Outre les cœurs faisant allusion au nom du maître, et placés un peu partout, le blason a pour figures trois cœurs d'or avec une fasce d'argent chargée de trois coquilles de sable.—A l'entour, comme supports, des fleurs et des fruits (symboles d'abondance); pour cimier, le mât d'une galère (le commerce); à gauche de l'écu, un fou à la bouche fermée d'un cadenas, tenant une banderole où on lit: En bouche close n'entre mousche; à droite, un autre fou ou sot de théâtre porte cette légende: Oyr dire (écouter)—faire—taire. Sur une porte conduisant à la salle des festins est un rébus où deux cœurs accolés sont placés entre les mots A et joie, ce qui doit se lire: A cœur joie. Enfin sur le tout domine la grande et fière devise: A vaillants cœurs (cœurs figurés) rien impossible, etc.
[260.]—Dans un recueil du siècle dernier, nous trouvons cette énigme:
Sans que je sois un arbrisseau,
Deux branches forment tout mon être;
L'art fait de ma tête un fourneau,
Où le feu meurt au lieu de naître.
Cependant mon premier devoir