[335.]—A Marseille, du temps de Valère-Maxime, on gardait publiquement du poison, qu'on donnait à ceux qui, ayant exposé les raisons qu'ils avaient de s'ôter la vie, en obtenaient la permission.
Le Sénat examinait très attentivement leurs raisons, avec une disposition qui n'était ni favorable à l'envie indiscrète de s'ôter la vie, ni contraire au désir légitime de mourir. On recueillait les voix, et, d'après leur nombre pour ou contre, le président du sénat écrivait sur la requête: «Le sénat vous ordonne de vivre,» ou: «Le sénat vous permet de mourir.»
[336.]—Savez-vous pourquoi,—disait, il y a un siècle, un recueil intitulé Journal de littérature,—savez-vous pourquoi le soufflet sur la joue est le plus grave des outrages?—C'est qu'il n'y avait autrefois que les vilains qui combattissent à visage découvert, et qu'il n'y avait qu'eux qui pussent recevoir des coups sur la face. On tint donc entre gentilshommes qu'un soufflet donné sur la joue était une insulte qui devait être lavée dans le sang, parce que celui qui le recevait était traité comme un vilain.
[337.]—On a remarqué que le mot sac, dont l'origine première n'est pas bien déterminée, est peut-être celui de tous les mots dont la forme est la plus identique dans les langues anciennes et modernes. Les Syriens et les Chaldéens disaient saka, les Hébreux sak, les Grecs sakkos, les Latins saccus, les Égyptiens, Samaritains et Phéniciens sak; les Arabes disent saccaron, les Arméniens sac, les Italiens sacco, les Allemands sack, les Anglais sacke, les Danois sacck, les Polonais zako, les Flamands zak, etc.
Partant de cette remarque, un certain Emmanuel, juif et poète bouffon, qui vivait à Rome il y a quelques siècles, explique dans un de ses sonnets comment le mot sac est resté ainsi dans toutes les langues. «Ceux qui travaillaient à la tour de Babel, dit-il, avaient, comme un manœuvre, chacun un sac. Quand le Seigneur confondit leurs langues, la peur les ayant pris, chacun voulut s'enfuir et demanda son sac. On n'entendit répéter partout que le mot sac, et c'est ce qui fit passer ce mot dans toutes les langues que l'on parlait alors.»
[338.]—On appela au seizième siècle noces salées les fiançailles que François Ier, dans un but politique, fit célébrer en 1540 entre sa nièce Jeanne d'Albret, reine de Navarre, alors âgée seulement de douze ans, et un prince de Clèves. Les fêtes splendides qui furent données à cette occasion, dans le but de narguer l'empereur d'Allemagne, avaient épuisé le trésor royal. Pour le remplir de nouveau, l'on établit dans les provinces du Midi un lourd impôt sur le sel: ce qui fit que l'on appela noces salées ces promesses de mariage, qui d'ailleurs n'eurent pas de suite, car, huit ans plus tard, la politique royale ayant pris un autre cours, la jeune princesse épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, auquel elle apporta en dot la principauté de Béarn et le titre de roi de Navarre. De ce mariage naquit Henri IV.
[339.]—Une des principales cérémonies du mariage, chez les Latins, consistait à faire passer sous un joug les nouveaux époux. De là ce mot conjugium (joug commun) pour désigner le mariage. Ce mot n'a pas formé de substantif dans notre langue, mais il nous a donné l'adjectif conjugal, se rapportant aux choses du mariage; nous lui devons aussi conjuguer, qui, par conséquent, signifie soumettre au même joug les formes diverses des verbes.
On peut croire que l'antique usage de mettre dans le mariage chrétien le poêle sur la tête du mari et de la femme dérive de l'imposition du joug chez les Romains.
[340.]—Un poète, qui décrit un combat, dit qu'après l'engagement