[343.]—La première idée de la location des livres est signalée ainsi par Jaquette Guillaume, dans son histoire des Dames illustres, publiée en 1665:

«Ne voyons-nous pas que les livres de Mlle de Scudéry sont de plus grande estime et se débitent à de plus grands prix que ceux des plus renommés historiens? Son libraire a taxé à une demi-pistole (5 francs de notre monnaie actuelle) POUR LIRE SEULEMENT une histoire de cette illustre savante.»

M. Édouard Fournier, qui n'a pas connu cette particularité de l'histoire littéraire du dix-septième siècle, a parlé, lui aussi, dans son Vieux-Neuf, de la location des livres par les libraires. Il n'en fait remonter l'origine qu'au dix-huitième siècle, à l'époque où les romans de l'abbé Prévost et de Jean-Jacques Rousseau passionnaient tous les esprits.

[344.]—Sous le règne du roi Georges II d'Angleterre, une estampe satirique fut publiée, que l'on attribua à Kay, et qui devint aussitôt populaire sous le titre de les Cinq Tous (the five all). Cette gravure représentait cinq personnages du temps:

1o Un prêtre, le docteur Himter, célèbre prédicateur écossais, disant: Je prie pour tous;

2o Un avocat, sir Thomas Erskine, notable membre du parlement, disant: Je parle pour tous;

3o Un laboureur, gentilhomme fermier innomé, disant: Je les nourris tous;

4o Un soldat, le roi Georges, disant: Je combats pour tous;

5o Enfin le diable, disant: Je les emporte tous.

En réalité, l'estampe publiée en Angleterre dans les premières années de notre siècle n'était qu'une imitation de celle dont nous donnons ici le fac-similé, d'après un exemplaire unique, et qui date de l'époque où Racine fit jouer sa comédie des Plaideurs, c'est-à-dire en plein règne de Louis XIV. Elle est intitulée les Vérités du siècle d'à présent, et pourrait aussi bien s'appeler les Quatre Tous.