Mouchoir est d'abord l'objet qui sert à se moucher (muccare, de mucus). La pièce d'étoffe qui sert à cet usage donne bientôt son nom au mouchoir dont on s'enveloppe le cou. Or celui-ci, sur les épaules des femmes, retombe d'ordinaire en pièce triangulaire; de là le sens du mot en marine: pièce de bois triangulaire qu'on enfonce dans un bordage pour boucher un trou.
Bureau désigne primitivement une sorte de bure ou étoffe de laine: n'étant vêtu que de simple bureau. Puis, d'extension en extension, il signifie le tapis qui couvre une table à écrire à laquelle cette étoffe sert de tapis; le meuble sur lequel on écrit habituellement; la pièce où est placé ce meuble; enfin les personnes qui se tiennent dans cette pièce, à cette table (dans une administration, dans une assemblée).
Maintes fois cependant la simple logique a déterminé le changement de sens; ainsi dans le mot bouche, la pensée va naturellement du premier sens à ceux qui en dérivent: bouche à feu, bouche de chaleur, les bouches du Rhône. Dans le mot feuille, l'idée d'une chose plate et mince conduit de la feuille d'arbre à la feuille de papier, à la feuille de métal.
Il n'en est pas de même de certains mots dont l'histoire est plus complexe, et dans lesquels le chemin parcouru par la pensée ne s'imposait pas nécessairement à l'esprit.
Tel est le mot partir, dont le sens actuel, quitter un lieu, ne sort point naturellement du sens primitif, partager (partiri), qu'on trouve encore dans Montaigne: «Nous partons le fruit de notre chasse avec nos chiens.» Que s'est-il passé? L'idée de partager a conduit à l'idée de séparer: «La main lui fu du cors partie.» Puis on a dit, avec la forme pronominale: se partir, se séparer, s'éloigner: «Se partit dudict lieu.» Et, par l'ellipse du pronom se, on est arrivé au sens actuel: quitter un lieu.
Tel est le mot gagner (au onzième siècle guadagnier), de l'ancien haut allemand waidanjan, paître (en allemand moderne weiden). Cette signification première du mot est encore employée en vénerie: «Les bêtes sortent la nuit du bois, pour aller gagner dans les champs.» Comment a-t-elle amené les divers sens usités de nos jours: avoir ville gagnée, gagner la porte, gagner de l'argent, gagner une bataille, gagner un procès, gagner ses juges, gagner une maladie? L'idée première paître conduit à l'idée de trouver sa nourriture; de là, dans l'ancien français, les sens qui suivent: 1o cultiver: «Blés semèrent et gaaignèrent» (cf. de nos jours regain); 2o chasser (cf. l'allemand moderne Weidmann, chasseur) et piller, faire du butin: «Lor veïssiez... chevaus gaaignier et palefroiz et muls et mules, et autres avoirs.» «Ils ne sceurent où aler plus avant pour gaegnier.» L'idée de faire du butin conduit à l'idée de se rendre maître d'une place: «Quant celle grosse ville... fu ensi gaegnie et robée.» «Avoir ville gagnée.» Puis l'idée de s'emparer d'une place conduit à l'idée d'occuper un lieu où l'on a intérêt à arriver: gagner le rivage, gagner le port, il est parvenu à gagner la porte; par extension, le feu gagne la maison voisine, et, au figuré, le sommeil le gagne. En même temps se développe une autre série de sens: faire un profit: gagner de l'argent, gagner l'enjeu d'une partie, d'une gageure, le gros lot; par analogie, obtenir un avantage sur quelqu'un: gagner une bataille, un procès, gagner l'affection d'une personne, et, par ellipse, gagner quelqu'un de vitesse; puis, par forme ironique, on entend un effet contraire: il n'y a que des coups à gagner, il a gagné cette maladie en soignant son frère. Partout, à travers ces transformations, se montre cependant le trait commun qui domine et relie entre eux les divers sens du mot gagner.
[436.]—Lors de la canonisation de sainte Thérèse par Grégoire XV en 1622, il y eut à Saragosse un tournoi à cheval pour honorer la nouvelle sainte. On y observa les règles les plus minutieuses du code de la galanterie espagnole, jusqu'aux cartels, aux devises, aux couleurs et au prix du combat. A Paris, on mêla des feux d'artifice aux processions. Les carmes déchaussés se signalèrent en ce genre: ils en tirèrent un sur une plate-forme élevée au-dessus de leur église, et où l'on vit des fusées volantes, des étoiles et des serpenteaux.
Les feux d'artifice étaient encore alors une nouveauté. Les premières fusées volantes, étoiles, etc., s'étaient vues au feu de la Saint-Louis dans l'île Louviers, en 1618, cinq ans après la première célébration de la même fête, qui avait eu lieu au mois d'août de 1613.
Si l'on avait eu, comme plus tard, l'usage des lampions et des petites lanternes de verre coloré, l'on n'eût pas manqué d'ajouter cet ornement à la fête de la canonisation. Mais les écrits du temps n'en disent rien; et il semble prouvé que les illuminations avec petites lanternes de verre furent imaginées par Servandoni, pour les fêtes données à propos du mariage de Madame de France avec don Philippe.
[437.]—Les membres d'une des nombreuses sectes de la religion dite orthodoxe grecque professée en Russie (les stavié veri, anciens croyants), gens d'ailleurs très austères, tiennent en profonde horreur le tabac, qui, disent-ils, ne profane pas seulement l'homme qui prise ou fume, mais encore la chambre où a lieu cette distraction impie.