Qu'on entend à ses opéras.
La période et son fatras
Pour mon oreille ont peu d'appas,
Et, surtout, la Harpe m'ennuie.
Il est bon de rendre cette justice aux deux grands et très consciencieux artistes objets de la querelle que—comme le remarque Mlle Laure Collin dans son excellente Histoire abrégée de la musique—ils ne cessèrent de combattre personnellement à armes courtoises, et ne prirent pas autrement part au bruit fait à cause d'eux. Ajoutons que lorsque, en 1787, parvint en France la nouvelle de la mort de Gluck, ce fut Piccini qui organisa lui-même, en l'honneur de son illustre rival, un grand concert où l'on n'exécuta d'autre musique que celle du compositeur allemand.
[457.]—A-t-on, de nos jours, assez abominé les orgues dits de Barbarie? Étant donné l'état actuel de cette question de tranquillité publique, croirait-on que, il y a un siècle, une notabilité littéraire, Mercier, qui passait généralement pour homme de goût, ait pu sérieusement écrire ce qui suit?
MUSIQUE AMBULANTE
«Comme dédommagement à la cacophonie des cris de Paris, qui n'a pas senti un vif plaisir en entendant le soir, du fond de son lit, le son mélodieux de ces orgues nocturnes, qui égayent les ténèbres et abrègent les longues heures de l'hiver? C'est une vraie jouissance pour l'étranger. Émerveillé, bien clos et bien couvert, il entend les plus jolis morceaux de musique exécutés sous ses fenêtres, comme pour le disposer doucement au sommeil; il prête l'oreille à ces sons qui s'éloignent et qui, dans le lointain, ont encore plus de charmes. Il s'endort voluptueusement, en répétant l'air chéri qui a parlé à son âme...
«Quel agrément si chaque soirée, après le souper, chaque rue avait sa musique particulière! L'humeur et la fatigue de la journée disparaîtraient soudain, et l'homme de peine, en se couchant, craindrait moins le jour suivant embelli à son déclin. Je pense que rien ne serait plus propre à entretenir la bonne humeur parmi le peuple que d'étendre et de perfectionner cette récréation innocente et publique, cette douce euphonie.
«Qui a entendu le jeu de ces orgues et qui a pu refuser sa pièce de deux sols à l'Orphée qui porte sur son dos cette machine harmonieuse, peut être considéré comme un ingrat...»