Treizième de ce nom,
Qui toute a ébarbé sa maison.
De là vint sans doute l'usage d'appeler royale le bouquet de barbe placé sous la lèvre inférieure.»
[73.]—Un grammairien demande à quelle conjugaison appartient le verbe sachoir ou sacher. Évidemment c'est là une demande ironique, mais très bien motivée par l'étrange emploi que beaucoup de gens font du subjonctif du verbe savoir, en lui donnant la forme de l'indicatif. Après avoir dit, par exemple, très régulièrement: «Cela n'est pas probable, que je sache,» on dira communément: «Je ne sache pas que cela soit probable.» Cette forme, qui semble admise aujourd'hui dans le bon langage, ne reste pas moins indicative, et partant nécessiterait l'adoption du verbe sachoir ou sacher, qui devrait se conjuguer ainsi: Je sache, tu saches, nous sachons; je sachais; je sacherai; je sacherais, etc.
[74.]—Qu'appela-t-on, dans l'histoire, l'Angélus du duc de Bourgogne?
—Jean sans Peur, duc de Bourgogne, après avoir fait assassiner, à Paris, le 23 novembre 1407, Louis, duc d'Orléans, avoua son crime dans une assemblée des princes du sang, et se vit obligé, pour éviter le châtiment qu'il méritait, de s'enfuir au plus vite. Il n'échappa qu'à grand'peine à une troupe de cavaliers qui le poursuivirent à outrance. Il arriva dans ses États à une heure de l'après-midi; et, en mémoire du péril qu'il avait couru, il ordonna que dorénavant les cloches sonneraient à cette heure. Cette sonnerie s'appela, depuis, l'Angélus du duc de Bourgogne.
[75.]—En 1361, Laurent Celsi fut élu doge de Venise comme successeur du doge Delphino. Le père de Laurent Celsi vivait encore; il montra en cette occasion une singulière faiblesse d'esprit. Se croyant trop supérieur à son fils pour se découvrir en sa présence, et ne pouvant éviter de le faire sans manquer à ce qu'il devait au chef de l'État, il prit le parti d'aller toujours tête nue. Ce travers, de la part d'un vieillard d'ailleurs respectable, ne fit aucune impression sur l'esprit des nobles, qui se contentèrent d'en plaisanter; mais le doge, touché de voir son père se donner en spectacle par cette ridicule imagination, s'avisa de faire mettre une croix sur le devant de la corne ducale; alors le bon vieillard ne fit plus de difficulté de reprendre le chaperon. Quand il voyait son fils, il se découvrait en disant: C'est la croix que je salue, et non mon fils, car, lui ayant donné la vie, il doit être au-dessous de moi.
Fig. 5.—Costume de cérémonie du doge de Venise, d'après une estampe du recueil intitulé Trionfi, faste e ceremonie publiche della nobilissima citta di Venetia (1610).
[76.]—Le nom de lycée, qui est aujourd'hui donné exclusivement aux établissements d'instruction pour la jeunesse, servait à désigner, chez les Grecs, les lieux où ils s'assemblaient pour les exercices du corps. Dans la suite, ce mot devint le nom distinctif d'une secte ou école philosophique. Le Lycée en ce sens signifie l'école d'Aristote (comme le Portique signifie celle de Zénon), parce que l'endroit où enseignait ce philosophe était voisin du temple d'Apollon Lycéen (Lukeios, de lukos, loup, parce que ce dieu avait délivré une contrée des loups qui l'infestaient). A la fin du siècle dernier, on nomma lycée, par analogie, les lieux où se tenaient des assemblées de gens de lettres, et notamment un établissement où se faisaient des cours publics. Ce fut là que la Harpe professa les leçons de littérature, qu'il publia d'ailleurs sous le nom de Lycée. Sous le premier empire, les collèges royaux prirent ce nom, qu'ils perdirent à la Restauration, pour le reprendre sous le second empire.