dont on expliquait ainsi l'origine. Deux frères de Beauvais mangeaient des œufs à la coque. L'un des deux oublie de préparer son pain avant de casser l'œuf. Il donne l'œuf à tenir à son frère, pendant qu'il taillera ses mouillettes. Le frère, par gourmandise ou par plaisanterie, avale le contenu de l'œuf. L'autre, furieux, lui plonge son couteau dans le ventre et le tue.
De là le proverbe.
[119.]—L'estampe que nous reproduisons, d'après un original datant du milieu du dix-septième siècle, a trait à la dépossession des Espagnols des places qu'ils occupaient de longue date. On est en 1658, Turenne va clore une de ses plus brillantes campagnes par la fameuse bataille des Dunes, que doit suivre, après quelques mois d'habiles manœuvres diplomatiques de Mazarin, la paix dite des Pyrénées, où se traita le mariage du jeune Louis XIV avec l'infante d'Espagne. «Le chapelet de l'Espagnol se défile,» dit une des inscriptions mises sur cette estampe; et de l'autre côté l'on voit énumérées les villes qui sont «réduites sous l'obéissance du roi»: Cassel, Saint-Guillaume, Montmédy, Charleroi, Ypres, Saint-Ghislain, etc.
[120.]—La présence de la particule de devant un nom de famille est-elle une preuve formelle de noblesse?
Nous empruntons la réponse à cette intéressante question au Traité de la science des armoiries de W. Maigne, qui fait autorité en ces matières.
Fig. 8.—Le chapelet de l'Espagnol, fac-similé d'une estampe satirique du dix-septième siècle.
Dès le onzième siècle, quand le régime féodal se trouva définitivement constitué, il parut commode de désigner chaque seigneur par le nom de sa terre, et on dit: un tel, seigneur DE tel ou tel bien. Par exemple Dominus de Urgens, le seigneur d'Urgens; Aiglantina, domina de Puliaco, Aiglentine, dame de Pouillac. Un peu plus tard, on fit ellipse du mot dominus et l'on dit simplement Ademarus de Pictavia, Aymar de Poitiers, Jordanus de Insula, Jourdain de l'Isle, ou bien on le conserva, mais en le plaçant devant le nom propre, ce qui produisit des formes semblables à celle-ci: Dominus Wido de Fonventis, le seigneur Gui de Fonvens, que l'on traduisit ensuite par M. Gui de Fonvens.
La préposition latine de ne servait donc primitivement qu'à exprimer une idée de relation entre les mots qu'elle séparait, indiquant une possession de terre, de château, de ville; et comme les terres féodales avaient été d'abord exclusivement possédées par les familles nobles, on en vint peu à peu à considérer le de comme une marque de noblesse de race, et c'est pour ce motif que, le 3 mars 1699, Louis XIV en interdit l'usage aux nouveaux anoblis.
En somme, la particule de n'est pas une preuve de noblesse, elle fait simplement présumer la propriété; car, pendant les deux derniers siècles, les bourgeois se disaient sieurs de leurs prés ou de leurs vignes, tout aussi bien que les gentilshommes de leurs terres seigneuriales; témoin, comme dit Molière,