Le maréchal de Brèze, beau-frère du premier ministre, vint un jour prendre de Pontes pour le conduire à Rueil, faire visite à Son Éminence, avec laquelle il s'était brouillé, parce qu'il avait refusé de quitter la maison du roi pour être plus spécialement au service du cardinal.
Lorsque le maréchal eut présenté Pontes, Richelieu le salua du serviteur très humble.
A l'instant, cet officier sortit de l'appartement, monta à cheval et revint en toute hâte à Paris.
Quelques jours après, M. de Brèze, l'ayant rencontré, lui demanda la raison de ce brusque départ.
«Le serviteur très humble du cardinal, répondit-il, m'a fait tant de peur que, si je n'avais trouvé la porte ouverte, j'aurais assurément sauté par la fenêtre.»
[210.]—Le mot obligeance, si souvent et si heureusement employé aujourd'hui pour qualifier l'acte de la personne obligeante, est relativement d'introduction toute récente dans notre langage. Marmontel, dans ses Mémoires, qu'il écrivait vers la fin du dix-huitième siècle, dit en parlant du ministre Calonne:
«Il se vit tout à coup entouré de louange et de vaine gloire, persuadé que le premier art d'un homme en place était l'art de plaire, livrant à la faveur le soin de sa fortune, et ne songeant qu'à se rendre agréable à ceux qui se font craindre pour se faire acheter. On ne parlait que des grâces de son accueil et des charmes de son langage. Ce fut pour peindre son caractère qu'on emprunta des arts l'expression de formes élégantes, et l'obligeance, ce mot nouveau, parut être inventé pour lui.»
Ce mot était, en effet, d'introduction nouvelle dans le langage usuel au temps où Marmontel rédigeait ses Mémoires. On ne le trouvait encore dans aucun dictionnaire; il figure pour la première fois au Dictionnaire de l'Académie dans l'édition de l'an VII (1799).
[211.]—Un jour que Henri IV était à un balcon avec le maréchal de Joyeuse, et que le peuple semblait les regarder avec une grande curiosité: «Mon cousin, dit le roi, ces gens-ci me paraissent fort aises de voir ensemble à ce balcon un roi apostat et un moine décloîtré.»
En parlant ainsi, le facétieux et au fond très sceptique Béarnais faisait allusion à l'abjuration qui lui avait valu la couronne de France, et aux singuliers changements de condition qui avaient accidenté la vie du maréchal de Joyeuse.